Aujourd’hui, je vous parle des tentacules de la nébuleuse Radio X / PCQ qui s’immiscent un peu partout.
Un petit mot pour vous dire que j’ai revu la présentation de mon infolettre quotidienne dans laquelle je documente la fin du monde au quotidien à l’aide de nouvelles que vous n’avez peut-être pas vu passer, de publications débiles tirées des réseaux sociaux, et de mes petits commentaires taquins. Me semble que c’est plus attrayant avec le nouveau design. Vous me direz ce que vous en pensez. Pour vous abonner, entrez votre adresse sur cette page.
Le club-école du PCQ
J’ai été un peu surpris de voir que le coanimateur de Maurais Live, Dominique Dumas, allait se présenter pour le PCQ aux prochaines élections. Pas surpris dans le sens qu’on n’avait pas vu que ça lui tentait (il était régulièrement aux rassemblements du parti), mais dans le sens que les conservateurs aient jugé que tous les squelettes dans son placard n’allaient pas être un enjeu.
Clairement, en recrutant les gens les plus polarisants de notre écosystème médiatique, le parti d’Éric Duhaime ne vise pas à prendre le pouvoir. M. Duhaime est le moins aimé de nos politiciens selon les sondages. Ceux qui s’associent à lui, comme Maïté Pamplemousse-Blanchette-Vézina, sont entraînés dans son sillage. Selon les sympathisants et les candidats du parti, c’est la faute des médias qui ne renvoient pas une belle image du parti. Le réflexe de bien des gens serait d’arrêter de dire ou de faire des niaiseries pour ne pas que les médias rapportent lesdites niaiseries, mais eux préféreraient que les médias ne fassent plus leur travail. Jouer à la victime est plus payant.
Éric Duhaime a maintes fois en entrevue parlé de la fenêtre d’Overton qu’il veut ouvrir en s’impliquant en politique. C’est bien plus ça l’objectif que celui de diriger le Québec. Ils veulent que leurs idées soient reprises par d’autres, ils veulent tirer les politiques publiques dans leur sens. L’affaire, c’est que ceux qui portent leurs idées légitimes sont souvent des trolls agressifs. Ils auraient pu prendre la voie de se baser uniquement sur ces idées, mais ils ont plutôt pris la voie de harnacher les réseaux sociaux pour générer du chaos et faire parler d’eux. Il l’a déjà dit, la controverse, c’est ce qui nourrit la flamme, en politique.
On connaissait ses liens avec les leaders de la contestation des mesures sanitaires. Même si M. Duhaime tente de faire accroire qu’il ne vogue plus dans ces sphères-là, il continue de participer à des balados d’influenceurs malveillants et évoque la pandémie lorsque c’est payant dans le média où il se trouve. Il incorpore aussi de ces personnages au sein de son équipe.
Jonathan Durand-Folco parlait dernièrement d’entrisme réactionnaire dans son texte sur les policiers racistes de Montréal-Nord:
« Cette réflexion m'amène à formuler une hypothèse pouvant abreuver certaines enquêtes et un programme de recherche plus vaste: sommes-nous devant la présence d'un entrisme idéologique particulier, celui des idées réactionnaires, qui contaminerait différentes sphères de la société à différents degrés ? »
Il s’inspire donc du discours de certains politiciens identitaires qui ont évoqué l’entrisme religieux, dans nos écoles, entre autres. La définition de l’entrisme selon Wikipédia va comme suit: « l'entrisme ou noyautage est une tactique politique qui consiste à faire entrer de manière concertée des membres d'une organisation militante dans une organisation rivale afin d'en infléchir les orientations ou d'en favoriser la désorganisation, la déstabilisation ou la destruction ». Durand-Folco s’intéressait au cas des services de police, mais l’ingénierie du chaos version Wish (ça existe-tu encore, Wish?) du PCQ fait aussi penser à ça.
Ce parti est une porte d’entrée pour bien des influenceurs assez extrêmes, à l’Assemblée nationale. Je parlais récemment (pour les abonnés premium) du passage de Jérôme Blanchet-Gravel à l’Assemblée nationale. M. Blanchet-Gravel est l’éditeur du dernier livre d’Éric Duhaime. Ancien collaborateur du média russe Sputnik, il est l’un des influenceurs malpensants les plus orduriers sur les réseaux sociaux. Récemment, il a écrit ce message abject au sujet des agentes de bord et de Safia Nolin. Il trouve également qu’il faut davantage s’inquiéter des « immigrés » que des racistes. Maïté Blanchette-Vézina a permis à cet homme de participer à un point de presse à l’Assemblée nationale, le siège de la démocratie. Pour vous donner une idée, Richard Martineau l’avait flushé de son émission parce qu’il était trop heavy.
Blanchet-Gravel était régulièrement à Radio X il y a quelques années. Moins par les temps qui courent, mais on peut l’y entendre de temps en temps. Il est clair que Radio X est devenu la pépinière, le camp d’entraînement, le club-école du Parti conservateur du Québec. Duhaime y est pas mal toutes les semaines, parfois plusieurs fois par semaine, en plus d’y avoir travaillé un certain temps. Je soupçonne aussi qu’il se coordonne avec le journaliste de Radio X en point de presse, pour mettre certains sujets de l’avant. Au fil des ans, plusieurs politiciens se sont servis de Radio X (ou vice versa) pour mousser leurs candidatures dans la région de Québec. Maintenant, le PCQ recrute directement chez les chroniqueurs.
Il y a bien sûr Jonathan Poulin. Celui-là est devenu chroniqueur après avoir été candidat pour le PCQ. Un monsieur qui a une très mauvaise opinion des politiciens. Il trouve Bruno Marchand toxique. Il dit qu’Éric Caire est détestable. Il croit que nous sommes gouvernés par des bandits. Il estime qu’on a autant besoin du Bloc Québécois que d’une gonorrhée. En entrevue à Rebel News, il a proposé que ceux qui critiquaient Radio X étaient sans doute jaloux de faire face à un média qui n’impose pas une idéologie.
Rarement entendu quelque chose d’aussi drôle. S’il y a une station où une seule idéologie domine, c’est bien celle-là. Beaucoup de chroniqueurs sont d’ailleurs disparus parce qu’ils ne disaient pas les bonnes choses. Ils ont mis de côté le climatosceptique Reynald Du Berger pendant la pandémie parce qu’il était d’accord avec les mesures sanitaires. Jonathan Poulin a presque été élu à la dernière élection et il risque fort de passer cette fois-ci, dans Beauce-Sud. Un bel amoureux du débat public sain et éclairé à l’Assemblée nationale, donc.
Renaud Labrecque, aussi chroniqueur régulier à Radio X sera candidat pour le PCQ. Il est directeur général d’un petit village, Parisville, et passe son temps à mansplanner les finances de la ville de Québec, au grand plaisir des animateurs de Québec qui sont bandés ben raide sur lui. Ceci dit, les finances de Québec semblent aller plutôt bien.
Évidemment, la cerise sur le gâteau, c’est la candidature de Doom Dumas, que certains à une époque qualifiaient de poodle de Jeff Fillion (ok, c’était peut-être moi) et qui coanimait l’émission de Dominic Maurais jusqu’à il y a quelques semaines. Il sera candidat dans Chutes-de-la-Chaudière pour le PCQ. Doom (y’aurait de quoi être fier, avoir un député dont le surnom évoque la ruine du monde) faisait un peu le même travail que moi, mais version Radio X. En gros, il prenait des bouts de ce qu’il entendait à Radio-Canada, et pas mal juste à Radio-Canada parce qu’il n’avait pas le droit de passer des clips de Québécor, et commentait ces clips. La différence, c’est que ce n’était pas fait sur un ton comique et poli, mais sur un ton agressif. C’était aussi une belle occasion pour Dominic Maurais de se lâcher lousse. Chaque fois qu’il a diffusé des extraits de moi, il me faisait dire l’inverse de ce que je disais. Je l’ai pris quelques fois à faire dire complètement autre chose que ce qu’il disait à des intervenants de la radio. On m’a souvent accusé de citer les gens hors contexte, mais personne n’a jamais été capable de le démontrer.
Doom était un vrai troll sur les réseaux sociaux. Pour susciter de l’engagement, il interpellait tout le monde et multipliait les publications outrecuidantes. Il a dit se sentir comme une femme battue à cause du confinement. Il a dit que la liberté d’expression, ça impliquait d’accepter les drapeaux nazis. Il a dit que Marie-Soleil Michon avait une pensée totalitaire, que Geneviève Pettersen était une nunuche, et a relayé la publication de quelqu’un qui comparait Patrick Lagacé à une couche pleine de marde. Il trouve que La Presse est un blogue. Justin Trudeau lui fait penser à un dictateur et Bruno Marchand est pareil comme Trump. Il s’inquiète du fascisme vert et il pense que l’Iran ressemble au Québec du temps de la pandémie. Ah oui, et il a déjà cité QC Scoop comme une source fiable.
Il a expliqué qu’il assumait tout ce qu’il avait dit, mais il a quand même tout effacé, tsé, pour ne pas créer de diversion. Mais il dit que de toute façon, tout était correct:
« C'est ce que je me suis rendu compte en faisant une revue de tout ce que j'avais mis en ligne au cours des dernières années. Des choses, oui, polarisantes par les idées, mais par les mots, de la manière que c'était exprimé. Il n'y a vraiment pas grand-chose qu'on peut me reprocher sérieusement. »
Je pourrais éplucher toutes les clips que j’ai de lui, mais ça ne changerait rien. Les gens qui votent pour Éric Duhaime lui ont déjà pardonné tous ses dérapages et c’est surtout pour le chef qu’il voteront aux prochaines élections. De toute façon, Doom est passé maître dans la stratégie de « celui qui l’dit, celui qui l’est ». Justement, lui qui a passé sa vie à intimider ses adversaires idéologiques à la radio et sur les réseaux sociaux, s’inquiète aujourd’hui d’être victime d’une campagne de salissage.
Il a fait carrière à traiter les autres de tous les noms et se découvre tout d’un coup une sensibilité devant les campagnes de salissage. Le jour où on lui présente ses propres mots. C'est touchant. Comme si c’était sale de sortir les choses sales qu’il a dites. Il retourne tout à l’envers, et assez habilement. Il est visqueux comme son chef, difficile à saisir. Il sera sans doute élu. C’est une prédiction. Hâte de voir s’il sera aussi bon député qu’André Arthur...
On se demande souvent ce qui motive les gens qui deviennent des influenceurs du chaos comme ça. La réponse est assez simple, et pas mal toujours la même: le cash. J’ai pensé à ça en regardant le point de presse de Doom. Il a expliqué que le coût de la vie serait un de ses combats, parce que les gens n’arrivaient plus à être propriétaires, entre autres. Lui-même est locataire. On s’entend, le salaire d’un coanimateur de Radio X, c’est probablement pas les gros chars. Sans doute moins qu’un salaire de député. Je ne dis pas qu’il n’est pas mu par un désir de changer les choses, mais dans ce dôme où les libertés individuelles priment sur tout, l’attrait d’un salaire de député qui va peut-être lui permettre d’influencer des politiques en phase avec le combat de sa vie (payer moins de taxes), est sûrement une pas pire motivation.
L’influence de la pépinière Radio X ne s’arrête pas là. Karim Elayoubi, qui est souvent à cette antenne, sera candidat. Leur collaborateur Joey Aubé est chummé avec Youri Chassin. En politique municipale, le poulain de la station, ancien candidat du PCQ, Stéphane Lachance, est maintenant chef de l’opposition. À la radio, l’ancien animateur Alex Leblond s’est trouvé un job au 98,5. M. Leblond a déjà dit que défendre le français est la pire erreur des 400 ans d’histoire du Québec, a prédit qu’un ministre allait finir par être assassiné par des écoterroristes à cause du 3e lien et affirmé que si sa fille bloquait un chemin de fer en appui aux autochtones, il allait la déshériter. Il parlera maintenant aux Montréalais tous les matins, à heure de grande écoute.
Bref, les rejetons de cette station s’infiltrent un peu partout dans l’espace public et sont de plus en plus acceptés, parce que nous en sommes rendus là, dans ce qui est acceptable. Leur stratégie de victimisation, leur indignation permanente et leur parole libérée font qu’ils sont efficaces à un point qu’on a plus envie de les critiquer. On ne veut pas se faire submerger par leurs adeptes. C’est une sorte de paradoxe de l’intolérance: « si une société est tolérante sans limites, sa capacité à être tolérante est finalement détruite par l'intolérant ». Dostoïevski aurait dit (mais pas vraiment) qu’un jour, « la tolérance atteindra un tel niveau que les personnes intelligentes seront interdites de toutes réflexions pour ne pas offenser les imbéciles ». En ce moment, on tolère beaucoup pour ne pas déchaîner les faux offusqués. Le terrain est tout à eux.
Plogue

Musique
Je m’en vais à La noce au Saguenay dans les prochains jours. Premier show? Malaimé Soleil.

