Aujourd’hui, je vous parle des jeunes de nos jours qui se font prendre au piège des vendeurs de Tupperware modernes. Et un peu d’avortement.
Mon balado Olivier Niquet en jaquette est de retour! Ajoutez ça à votre routine quotidienne en faisant votre jogging, en promenant votre chien ou en faisant la vaisselle.

Tupperware
En marchant dans les rues de je sais plus où, en voyage, ma blonde et mon plus vieux jasaient du nouveau vidéoclip de Madonna quand mon jeune adulte a déclaré: « ah oui, j’ai vu Ben Shapiro en parler ». J’ai un peu sursauté. « Euh, t’écoutes Ben Shapiro ?! », que je lui ai demandé avec l’agressivité d’un influenceur rageur. Il m’a répondu que non non, c’est TikTok qui lui a poussé cette vidéo où il démolissait le vidéoclip. Il n’a vu que le début avant de passer à autre chose.
Il m’a confirmé qu’il trouvait Shapiro saucé, mais le fait qu’il connaisse cet influenceur d’extrême droite m’a un peu troublé. Comme la fois où j’avais regardé avec mes deux gars le documentaire de Louis Théroux sur la manosphère et qu’il connaissait pas mal tous les douchebags en vedette. Il était mal à l’aise tellement il les trouvait idiots, mais ça n’empêchait pas qu’il savait qui ils étaient, qu’il connaissait leur « oeuvre ».
Wired parlait cette semaine d’une étude intitulée « L'économie de l'arnaque : comment on vend aux jeunes hommes un faux sentiment d'appartenance et une fausse richesse en ligne ». On y explique que contrairement à ce que plusieurs disent, les jeunes hommes n’adhèrent pas « organiquement », par conviction, à cette guerre culturelle.
« Les hommes sont « acheminés par des algorithmes vers des communautés payantes, des compléments alimentaires non réglementés, des stratagèmes de cryptomonnaies et des programmes de "coaching" à prix d'or », qui forment ensemble une « industrie pesant plusieurs milliards de dollars ».
Selon eux, on parle plutôt de vente pyramidale. Je ne sais pas si les protagonistes alpha seront heureux d’apprendre qu’ils sont un peu comme des représentants Tupperware. On leur fait miroiter une communauté de pensée pour combler leur vide intérieur, une cause, puis finalement, on les plume en leur vendant une formation ou des pilules.
Bref, on veut attirer nos jeunes mâles dans un piège. C’est sûrement encore plus facile à cause de l’IA. La Presse nous parlait dimanche que des chercheurs utilisaient l’IA pour communiquer avec les animaux et que d’autres chercheurs s’en inquiétaient: « Le danger est que nous utilisions l’IA pour manipuler les animaux. (...) Par exemple, on pourrait utiliser un signal d’alarme de jeunes pour attirer les adultes vers des chasseurs. » Comme avec les humains, dans l’fond. On diffuse le cri de ralliement, les jeunes hommes accourent, le chasseur est au bout du sentier avec un abonnement mensuel comme coach de vie.
Je présume que mon gars est un peu plus allumé que d’autres sur ce genre de question, considérant les sujets dont on parle au souper tous les jours (bon, d’accord, on parle surtout des anecdotes de notre journée et de la qualité du lunch de chacun, mais des fois un peu aussi d’actualité). Combien de jeunes passent leur vie sur les réseaux sociaux à côté de leurs parents qui passent leur vie sur les réseaux sociaux, et ne sont pas du tout éveillés aux risques des bonimenteurs et des influenceurs mal pensants? Sûrement un tas. On sous-traite beaucoup l’enseignement de la pensée critique à l’école. C’est beaucoup demander aux enseignants.
Je ne suis pas le meilleur pour discuter des choses sérieuses ou pas. J’ai écrit un livre là-dessus. Il m’arrive quand même de communiquer avec mes gars. Même que des fois, on parle d’autre chose que de Canadien. L’autre jour, ce même « plus vieux » alors que je lui demandais banalement ce qu’il avait fait la veille (je suis un véritable as du small talk), m’a dit qu’il avait suivi la primaire démocrate au Michigan. Ça m’a un peu surpris. Il m’a expliqué qu’Elsayed était vraiment bon en débat par rapport à l’autre candidate, qui elle, était financée par Israël via un PAC. Il était surpris que le résultat ait été aussi serré. C’est un autre influenceur qui l’avait intéressé à ce sujet, Hassan Piker. Je ne le connais pas vraiment, mais certains voient en lui un Joe Rogan de gauche. Je sais pas si c’est mieux.
Ça m’a troublé pour une autre raison, parce que ça m’a confirmé que les réseaux sociaux étaient en train d’achever la culture d’ici. Je sais bien que la politique américaine est assez spectaculaire et j’adore la suivre moi aussi, mais clairement, lorsqu’on laisse les algorithmes décider ce qu’on voit, ce n’est pas la bataille dans Arthabaska, qu’ils nous présentent. Je lui ai dit qu’il allait pouvoir suivre la campagne électorale au Québec très bientôt. Ma mission sera de l’y intéresser.
Si on ne parle pas avec nos jeunes de ce qui se passe chez nous, ils ne sauront pas ce qui se passe chez nous. En tout cas, il faut parler à nos jeunes tout court. La semaine dernière, Sam Altman, le président d’Open AI qui est derrière Chat GPT, a accordé une entrevue où il a présenté cette belle vision d’avenir:
« Vendredi, Altman a publié sur X qu’un « cas d'utilisation sympa » pour l’agent ChatGPT Work de l’entreprise consiste à « connecter vos calendriers familiaux et expliquer les centres d'intérêt de vos enfants », puis à « lui faire créer un podcast qui parle du match de foot de l'un de vos enfants cet après-midi, de l'anniversaire prochain de l'autre, de quelques actualités, etc., » chaque jour sur le trajet de l'école. »
Euh... big... que dirais-tu à la place de toi-même parler à tes enfants sur le trajet de l’école? Peut-être que tu te rendrais compte qu’il est pris dans le schème de Ponzi d’un wannabe Andrew Tate...
Avortement
C’est superbe à quel point une trâlée de monsieurs (et quelques madames) ont sauté sur l’occasion d’exercer leur droit de parler du droit à l’avortement, suite à l’exhumation de quelques publications de Dominique Dumas, candidat PCQ et ancien edgelord de profession.
M. Dumas a été questionné en point de presse. Il n’a pas renié ses publications, mais assuré que le Québec n’était pas mûr pour un tel débat. J’imagine qu’il faut comprendre que lui, est mûr. C’est sûr que ça fait des années qu’il nous explique à la radio à quel point les Québécois sont des tatas, il doit avoir un petit sentiment de supériorité.
Éric Duhaime a assuré que l’avortement ne serait pas un sujet pour son parti, que ça ne l’intéressait pas, que le parti était pro-choix. Ses amis ou alliés ont dit « tiens ma bière ».
Il y a la candidate dans Drummond Bois-Franc qui est venue à sa rescousse.

À noter que c’était une question du journaliste du Journal de Montréal et pas de Radio-Canada. J'aime aussi qu'on suppose qu'une question puisse être « vivante ».
Richard Martineau aussi.

Guillaume Roy de Rebel News.

Nic Payne.

Il y a aussi Mandana Javan qui avait un raisonnement assez tordu.

Sous une publication de la ministre Martine Biron à ce sujet, la chorale des suspects usuels s'est faite aller:





Bref, il y a bien des gens qui se sentent assez « mûrs » pour débattre d’avortement, tout d’un coup.
Musique
J’ai manqué Fleur de peau à La Noce, mais je ne connais que cette (belle) chanson:
