Je suis presque passé tout droit, mais ça fait cinq ans que cette infolettre existe. Cinq ans et environ 250 éditions (en excluant l’infolettre quotidienne) envoyées directement dans votre boite à malle, comme dans le bon vieux temps. C’est la meilleure façon pour moi de vous rejoindre à l’abri des algorithmes. D’ailleurs, je parle un peu de ces algorithmes ravageurs plus bas.

Écrire cette infolettre est l’une des choses que j’aime le plus faire, même si elle passe après la radio et le balado. Tout ça s’alimente de toute façon, comme vous vous en doutez. Vous êtes maintenant plus de 17 600 membres de Tourniquet dont environ 14 000 abonnés à cette infolettre et 4 500 à Tourniquet Express. Merci d’être là!

Vous pouvez m’encourager dans ma démarche en vous abonnant à la version premium pour recevoir une couple de textes exclusifs par mois. Le dernier parle de la perception de Mathieu Bock-Côté de l’humour moderne. C’est touchant (ou pas).

Mathieu Bock-Côté à la défense de l’humour (à quelques exceptions près)
Une des blagues qui m’a fait le plus rire depuis le début de mes vacances, c’est cette sortie de Mathieu Bock-Côté, sur CNews, qui se portait à la défense de l’humour.

Complot!

Je trouve qu’on a très peu parlé des documents rendus publics par Wired au sujet du groupe Dialog. Sous toute réserve, je crois qu’aucun média québécois n’en a soufflé mot. Bien sûr, ce n’est pas tout à fait une nouvelle locale et il se passe tellement de choses folles aux États-Unis qu’on ne peut pas tout couvrir. Mais je pense que ça peut avoir une influence sur nous.

Dialog, c’est le groupe « secret » créé par Peter Thiel, le saucé qui a lancé PayPal avec Elon Musk et qui est derrière Palantir, la compagnie de sécurité qui se sert de l’IA pour tuer du monde (bon, j’extrapole). J’ai parlé de lui à quelques reprises. D’ailleurs, c’est super le fun, le Canada fait affaire avec Palantir. Des employés de Palantir ont eu des autorisations pour accéder à des documents de défense:

Sans ces autorisations, qui nécessitent une enquête et une vérification des antécédents, le personnel de l’entrepreneur ne pourra pas avoir accès à des renseignements ou à des biens classifiés et ne pourra pas entrer dans les lieux où ces renseignements ou biens sont conservés sans être accompagnés, peut-on lire dans le contrat conclu en 2020.

Ils ont vérifié les antécédents des employés et tout était beau. C'est écrit « fuck la démocratie » dans leur front, mais ils n’ont pas de casier judiciaire, alors pas de stress.

Mais revenons à Dialog. Wired, qui fait du très bon travail pour documenter l’apocalypse en cours, a analysé les documents internes du groupe rendus publics par une « hacktiviste » suite à un tuyau qu’elle a reçu. Ce qu’on y retrouve est fascinant, comme dirait Charles Tysseire. Voici quelques exemples des événements qui ont lieu lors de la retraite secrète des membres:

« Les mêmes données exposent un programme de séances à huis clos, notamment : « L'argent achète(-t-il vraiment) le bonheur ? », « Retour au nucléaire », « Naviguer dans la Troisième Guerre mondiale », « Technologies du champ de bataille » et « C'est comment, votre vie sexuelle ? ». D'autres conférences incluent « Construire un culte », animée par le fondateur du site de réseautage chrétien Pray.com, et « Construire un parti », animée par un ancien responsable de la sécurité nationale à la Maison-Blanche. »

Ça doit donner de belles discussions pendant les pauses café, ça. « Ouais, on se part-tu un culte, bro? Une petite viennoiserie avec ça? ». Avant le début de la retraite, on demande aux membres de faire des prédictions sur l’avenir.

« Invités par un formulaire d'inscription à prédire l'avenir, les participants ont repris encore et encore le même thème : l'IA va bouleverser le travail, la guerre, l'éducation et les croyances en l'espace de quelques années. Plusieurs entrevoient un déplacement massif de la main-d'œuvre et un retour en force des syndicats et des programmes gouvernementaux ; d'autres prédisent un « hiver de l'IA », du terrorisme intérieur ciblant les centres de données, des accusés préférant des avocats IA aux défenseurs publics, ou encore un renouveau religieux provoqué par les bouleversements en cours. « La dégénérescence sociétale », prédit l'une des personnes, « continuera de s'accélérer. »

Les dégénérés qui bâtissent la fin du monde prédisent que la société va encore dégénérer. Hot take, comme on dit.

Parce que ce ne sont pas des ti-clins qui participent à ces événements. On parle d’une longue liste de gens puissants: des élus, des dirigeants d'organisations influentes, genre l'OTAN, des hauts fonctionnaires, des dirigeants de Google, des milliardaires, et Josh Brolin. Le réputé chroniqueur du New York Times Ezra Klein y est aussi allé. Il s’explique ici.

Ces personnes reçoivent une cote lorsqu’ils deviennent membres du groupe, nous explique-t-on dans un autre texte de Wired:

« Dialog attribue des notes aux personnes avant qu’elles ne rejoignent l'organisation. Sur les 192 dossiers examinés par WIRED, 130 sont identifiés comme membres. Les autres sont des prospects dont les dossiers portent des mentions telles que « First Time Dialoger » (Premier dialogue) ou « Warm » (Chaleureux). Chaque personne — membres comme invités potentiels — se voit attribuer une note A, B ou C. La note « C » semble réservée aux personnalités les plus célèbres et influentes ; seule une personne sur sept l'a reçue. La plupart des gens — 141 sur 192 — ont reçu un « B ». Le dernier niveau, « A », semble principalement attribué aux membres plus anciens et établis que les évaluateurs considèrent comme moins notables. »

Bref, ils déterminent qui a le plus d’influence et s’en servent pour passer leurs idées. Je suppose. Parce que tsé, tout ça est secret. À part pour ce qui a été leaké. Quand même comique que des gens qui veulent privatiser l’avenir soient incapables de protéger un PDF. Notre seule défense contre le Nouvel Ordre Mondial ™, c'est leur incompétence informatique.

Ça adonne qu’au même moment, chez nous, on apprenait que Christine Fréchette avait tenu une rencontre de deux heures en catimini avec nos plus puissants entrepreneurs, membres du Réseau QG100. Un groupe discret créé par le cofondateur de la CAQ, Charles Sirois, et l'ex-PDG de la Caisse, Henri-Paul Rousseau. Ce club n'accepte que les dirigeants ayant un chiffre d'affaires de 25 M$ et plus. Bernard Drainville était là aussi, lui qui pourtant, nous assurait travailler pour le vrai monde.

Ils ont probablement brainstormé sur où mettre la virgule dans les montants des contrats. Je sais pas si nos bonzes des groupes communautaires reçoivent autant d'égards. Quoiqu'elle a aussi parlé deux minutes il y a quelques semaines avec le camionneur misogyne du PCQ qui n’arrive pas à payer son épicerie. L’attachée de presse de la PM nous dit toutefois qu’il n’y a pas eu de lobbying: « Le but de la rencontre n’était pas de discuter ou d’influencer un projet ou une décision. C’était d’échanger de manière générale de la situation économique et des enjeux que vivent les entreprises ». Fiou!

Dernièrement, un entrepreneur hypersensible (c’est correct, je suis moi-même assez sensible merci) en est venu aux larmes à QUB parce qu’un parti qui est à 8% dans les sondages aimerait taxer les gains en capital à 100%. C’est la goutte qui fait déborder son vase. Il va quitter le Québec (ou crisser son camp, comme il dit). Il a travaillé fort pour en arriver là, est c’est louable. Mais travailler fort pour gagner sa vie, ce n’est pas l’apanage des gens d’affaires. Surtout, leurs moyens leur confèrent une grande influence (et parfois, leur influence est utile) sur les politiques publiques. Ça se passe souvent en coulisse, sans que l’on sache. Le parti qui est à 8% dans les sondages ne serait pas à 8% si c’était vraiment les « socialistes » qui menaient le monde.

Les adeptes de théories du complot s’intéressent aux vaccins, aux chemtrails, au satanisme, au Pizzagate, mais les vraies personnes qui nous manipulent ne semblent pas les intéresser. C’est peut-être trop concret.

En tout cas, le constat de Mark Fortier au sujet de cette nouvelle donne est décourageant: « Ces riches forment en réalité une caste transnationale qui prend et dépèce tout : les peuples, les États, les territoires, les épargnants et, si on lit les dossiers Epstein, jusqu’aux corps des femmes ». Leur influence est sans limite et ils sont prêts à tout pour préserver leurs privilèges, même si ça implique de nous faire croire que le véritable problème, ce sont les minorités.

« Le grand renversement du monde actuel prend sa source dans ces troués. On accuse les immigrants de ne pas s’intégrer, de vivre en vase clos, de menacer la cohésion nationale. Pourtant, le groupe le moins intégré aux sociétés occidentales n’est pas celui qui traverse les frontières pour travailler, mais celui qui possède les moyens de s’en affranchir. »

On ne peut pas leur dire de retourner dans leur pays, parce qu’ils ne l’ont pas encore acheté, leur pays. Ça s’en vient...

Fausses publications Facebook

Je sais que vous le savez, mais Facebook, c’est vraiment rendu de la marde. On sait que X est une dompe parce qu’il n’y reste que presque uniquement les influenceurs jambons et leurs disciples (et aussi, nos politiciens). Mais sur Facebook, c’est encore nos amis, nos oncles, nos tantes qui sont là à nager dans la swompe.

Ça fait un bout que j’ai renoncé à espérer que mes publications n’engendrent pas des commentaires débiles et violents. Je me retrouve dans les algorithmes des trolls les plus actifs, alors ils commentent mes publications. Et quand je dis « mes publications », tout ce que je fais, c’est de publier des liens vers mon infolettre quotidienne, avec une citation tirée d’un article qui est cité dans ma revue de presse. Quand l’algorithme décide que ça peut être payant, pouf, je me ramasse à être obligé de faire du ménage dans les gens qui se servent de cette espace pour évacuer leur rage. C’est vraiment lourd. Je continue de le faire (pour l’instant) parce que ces énergumènes ne représentent qu’une petite proportion des gens. Ils sont juste ben tapageurs. Faut pas leur laisser tout le terrain, tout le pouvoir.

Ce qui me surprend toujours, c’est que ces commentateurs ne comprennent pas le concept de guillemets. Encore moins le concept de revue de presse. Si je mets un extrait d’un texte entre guillemets, il y en aura toujours une couple pour me dire que je suis un toton de dire ça. C’EST PAS MOI, BIG!

Tous les jours, nos amis, nos oncles, nos tantes, sont exposés aux commentaires agressifs de ces personnes. Mais c’est pas tout. Facebook leur soumet aussi les publications les plus virulentes. Je l’ai bien compris pendant mon petit (gros) épisode TVA Sports. Plein de personnes m’ont écrit pour savoir si j’allais bien, parce qu’ils ouvraient Facebook et ne voyaient que des publications d’enragés qui me blastaient. Ils étaient soumis à ces émissaires du chaos qu’ils ne suivaient pas, et qu’ils ne connaissaient parfois même pas, qui leur disaient que j’étais la pire des merdes pour avoir fait une blague. C’est le quotidien de tous ceux qui fréquentent encore Facebook.

Alors imaginez avec l’IA. Je suis allé faire un tour la semaine passée sur mon fil Facebook personnel (j’y vais genre une fois aux deux semaines) et j’ai pu constater que beaucoup de personnes relayaient de faux témoignages générés par l’IA. Des personnes intelligentes là. Des personnes respectables. Des personnes dont on se dit qu’elles ne devraient pas tomber dans le panneau. J’ai vu passer beaucoup cette publication, soit parce que des gens la republiaient, soit parce que des gens avertissaient les autres que c’était faux:

Si on va voir sur la page qui a publié ça, c’est uniquement des images générées par l’IA accompagnées de textes générés par l’IA. Dans ce cas-ci, la publication originale a été partagée 3200 fois. On parle d’un texte positif, ici, mais ça fonctionne bien mieux avec les contenus rageurs. D’ailleurs, j’ai vu passer celui-ci dans mon fil:

378 partages. Semble-t-il d’ailleurs que c’est juste du plagiat.

Tout ça a un impact sur le climat social. Meta ne modère presque plus les publications. Selon une récente étude aux États-Unis, l’impact est énorme:

« Une nouvelle étude du CCDH montre que les commentaires injurieux visant les membres du Congrès ont triplé après les changements de politique de Meta — passant de 24 000 au cours des six mois précédents à 78 000 au cours des six mois suivants. En détail : les menaces violentes ont quadruplé, passant de 1 800 à 7 600. Les discours de haine ont quadruplé, passant de 6 900 à 30 000. Le harcèlement a doublé, passant de 15 700 à 39 900. Nous avons également constaté que les commentaires ciblant le président Donald Trump par la violence ou l'incitation à la violence ont doublé au cours de cette période. »

Ça rend tout le monde fou. Je ne sais plus trop quoi dire à ce sujet. Genre, peut-être juste, ne faites plus confiance à rien?

Musique

Du nouveau Thierry Larose. Très beau.