Je suis en vacances. Mais pas en vacance de balado et d’infolettre.

Les abonnés premium ont accès à ce texte où je parle d’une autre forme de culture de l’annulation: la submersion par les perroquets qui ne font que répéter le prêt à penser des leurs gourous.

La submersion des perroquets
Les perroquets entraînés au prêt-à-penser qui submergent les réseaux sociaux sont les ouvriers de la culture de l’annulation.

Aujourd’hui, je vous parle de l’effet de la victime identifiable en version politique, et de comment l’IA signe la mort des applications génériques (genre).

Kev

Vous connaissez ma passion pour les anecdotes qui prennent des proportions folles et pour les personnages louches qui se frayent un chemin dans l’opinion publique. L’histoire de Kevin est au croisement de tout ça.

J’ai d’abord été intrigué par la déclaration d’une militante anti-tramway de Québec qui faisait un lien (même si honnêtement, je ne comprends pas trop ledit lien parce que ses propos étaient un peu confus) entre son combat et celui d’un camionneur qui avait appelé à une ligne ouverte à QUB Radio.

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J’ai compris par la suite que le segment en question avait tourné un peu sur les réseaux sociaux. En gros, on parle ici de ce Kevin qui avait téléphoné à la ligne ouverte d’Isabelle Maréchal. Elle nous raconte la chose ainsi:

« Kevin vit à Joliette avec sa conjointe et leurs 4 enfants âgés de 3 à 12 ans. Quand il a appelé cette semaine à mon émission à QUB pour témoigner de l’augmentation du coût de la vie, il venait tout juste de payer son loyer de 2150 $. Il était passé à l’épicerie ramasser un 4 litres de lait à 12,99 $. Épuisé par une journée de travail qui commence à 5 h du matin. Étouffé par un gros sentiment d’impuissance. Ses mots déboulaient comme un cri du cœur : « Mon loyer me coûte plus de 2000 $, la bouffe pour nourrir mes 4 enfants me coûte aussi 2000 $. J’ai même pas le temps de respirer que ça me coûte déjà plus de 4000 $ par mois ! Je mange juste un repas par jour parce que j’en laisse aux autres... Là, je vous parle, pis j’ai faim.»

Il faudrait peut-être le présenter à François Lambert ou Philippe Couillard qui font une épicerie avec seulement 75$. Mais en attendant, difficile effectivement de rester de glace devant ce genre de témoignage. Il y a sans doute plusieurs personnes dans sa situation (quoique les familles de 4 enfants se font rares). Le coût de la vie augmente sans arrêt et les mesures pour aider les plus démunis ne suffisent pas. Les conservateurs à Ottawa ne font que marteler le gouvernement de leurs questions à ce sujet depuis un bon deux ans, j’ai l’impression. Ça en devient lassant. La période de questions ressemble parfois à la lecture de la circulaire IGA. « M. le président, le steak haché est rendu à 21$ le kilo, c’est un scandale! »

Évidemment, les gens ne privilégient pas tous les mêmes solutions pour régler ce problème. Les conservateurs veulent baisser les taxes pour donner du lousse à la population. D’autres veulent améliorer le filet social. Il semble que Kevin soit dans la première catégorie. Ses réseaux sociaux sont assez éloquents sur ses allégeances.

Éric Duhaime a été le premier à instrumentaliser son cas en faisant une entrevue d’une heure en sa compagnie. M. Houde dit dans cette entrevue qu’il appuie Duhaime depuis 2022 et s’inquiète des gens qui écoutent trop Radio-Canada. Le prix de l’essence semble être son principal combat et il est découragé des boomers, évidemment. Il y a une très forte agressivité envers les boomers dans les cercles de la droite mal pensante. Samuel Grenier, qui d’ailleurs a appuyé Kevin Houde, en arrive même à vouloir leur mort.

Les politiciens adorent citer des quidams pour appuyer leurs idées. Bernard Drainville récemment nous parlait d’une certaine Linda de Longueuil qui l’inspirait. Je me souviens de Manon Massé qui évoquait « René dans son logement », à la période de questions. QS fait souvent ça, d’ailleurs. Ruba Ghazal a parlé longuement du cas de Kevin lors de l’étude des crédits, entre autres.

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Qu’est-ce que vous dites à Kevin, madame la Première ministre? Il a d’ailleurs rencontré Christine Fréchette. Je crois que Paul St-Pierre Plamondon aussi en a parlé. Kevin mérite qu’on s’intéresse à lui, mais est-ce que Kevin est vraiment un cas typique? On ne parle pas de statistiques ici, on parle d’un dude qui a téléphoné sur une ligne ouverte. En science politique, on appelle ça un échantillon de un, mais en radio, on appelle ça une tendance lourde, faut croire. Je comprends que de personnaliser la détresse de certaines personnes peut avoir un effet sur l’opinion publique, et même un effet positif, mais je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure des idées.

Dans le cas de l’interdiction des boissons énergisantes, Mme Ghazal évoque aussi le sort de Zachary:

« Je trouve que c’est une façon d’agir des conservateurs et de M. Éric Duhaime, que je qualifierais de pas de cœur. Je l’invite à aller s’asseoir cinq minutes avec les parents de Zachary. Je vous le jure qu’il va changer d’idée tout de suite »

Zachary, c’est l’adolescent qui est décédé après avoir consommé un mélange malheureux de médicaments et de boisson énergisante. On atteint d’ailleurs un autre niveau avec Maïté Blanchette Vézina qui dit que c’est comme de vouloir interdire le jus de pamplemousse tout en accusant ses adversaires d’être populistes. Ça vole haut.

En tout cas, c’est un peu la « identifiable victim effect » appliquée à la politique:

« L'effet victime identifiable est la tendance qui amène les individus à offrir une aide plus facilement à un tiers en difficulté, si celui-ci est identifiable, qu'ils ne le feraient à un groupe vaguement défini de même besoin. »

Bref, les gens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, c’est une masse de personnes un peu vague. Kevin, on s’identifie à lui. On revient encore au vrai monde dont tous les politiciens parlent à une fréquence variable.

L’affaire, c’est que Kevin n’est pas tout à fait dénué de motivations politiques. À voir son mur Facebook, il fait l’intense promotion des conservateurs à Ottawa et à Québec, et relaie beaucoup de segments de Radio X. Certains de ses anciens commentaires ont aussi ressurgi:

Donc dans une même publication où il remercie Mme Ghazal, il la traite de conne. Un autre beau commentaire ici:

Instrumentaliser le cas d’une personne peut être dangereux. Je me demande si les politiciens examinent un peu les habitudes numériques des gens dont ils mettent en évidence la détresse? Visiblement pas ben ben. Me semble que quand ton nom sur X, c'est « Asusencrix », ça part mal (il a changé de nom depuis).

Je trouve ça assez pénible de voir à quel point ces personnages de la marge prennent de la place dans l’espace public. Ils ont bien le droit d’exister, mais c’est une coche au-dessus quand on leur donne cette légitimité. Les conservateurs doivent être morts de rire de voir que leur poulain est devenu un héros pour ceux qui défendent la veuve et l’orphelin. Disons que Asusencrix est pas mal plus accepté socialement que les Robins des ruelles (que Mario Dumont a subtilement renommé « Robins des merdes »)…

Plus besoin d’applications

Mon utilisation de l’IA pour optimiser ma vie, ou pour me faire croire que j’optimise ma vie, a pris une nouvelle tournure dernièrement. Je vous ai déjà parlé de ma passion pour essayer de nouvelles applications. Je suis toujours à la recherche de la meilleure application de traitement de texte, de gestion de tâches, d’édition audio et vidéo. Je ne trouve jamais le combo, mais mon cocktail d’applications s’améliorait tranquillement jusqu’à il y a environ deux mois. C’est que j’ai compris que je pouvais programmer mes propres applications qui ont toutes les fonctionnalités dont j’ai besoin. Je peux même intégrer tout ce que je veux faire dans une même interface.

Pour préparer mon balado Olivier Niquet en jaquette, mettons, j’ai programmé une application qui développe sur quatre colonnes tout ce qu’il me faut pour l’enregistrement. En lisant mes journaux, je prends des notes dans des fichiers textes. Mon application part de ça pour:

  1. lister les fichiers textes dans une colonne, avec les titres de sections. Je peux classer les fichiers dans les bonnes sections de mon balado en vue de l’enregistrement.
  2. éditer les notes dans la deuxième colonne.
  3. m’inspirer des suggestions de pistes d’idées générées par l’IA dans la troisième colonne.
  4. un soundboard dans la dernière colonne.
  5. archiver le texte du balado et générer un menu des sujets dont je parle, à publier sur les réseaux sociaux.

Avant mon enregistrement, dans une même interface, je peux classer mes notes dans l’ordre, les modifier en m’inspirant d’idées proposées par l’IA, et lancer les petits clips audio avec le soundboard. Avant, j’avais des applications séparées pour faire tout ça. Me resterait à ajouter un outil pour enregistrer, mais c’est un peu plus compliqué. J’ai fait une autre application pour préparer mon infolettre quotidienne et la publier. J’en ai une aussi pour gérer mes « todo ».

J’ai dit que je programmais ces applications, mais je fais tout ça avec Claude Code. Tu fais juste lui dire: voici ce que j’aimerais faire, et ça prend 5-10 minutes et tu as un produit fini. Ensuite, tu ajustes selon tes besoins, tu ajoutes des options, tu changes les couleurs. Pas mal n’importe qui peut faire ça.

J’ai l’impression que c’est pas mal ça, l’avenir. J’ai l’impression que ben des entreprises vont commencer à faire ça plutôt que d’acheter des licences à des prix de fou et engager des consultants pour adapter des logiciels à leurs besoins spécifiques. Bien sûr, c’est un peu broche à foin, ce qui ne dérange pas dans mon cas, mais avec une supervision de quelqu’un qui connait ça un peu, ça fera des miracles. Pas pour rien que les cégépiens ne s’inscrivent plus en informatique...

MUSIQUE

Ça fait longtemps que je suis les Mountain Goats mais ça fait aussi longtemps que j’ai pas aimé une de leur toune. Celle-là est bonne!