Cette semaine, je vous parle du livre de Jean-François Lisée (mais surtout de Robert Rumilly), de la culture de l’annulation à deux vitesses et de Claude qui m’a impressionné.

Zapping

Avant de commencer, je vous invite à aller jeter un coup d’oeil à ce nouveau format que je teste. Quand j’étais dans la vingtaine, dans les débuts de l’internet, j’aimais beaucoup regarder les Zapping de Canal+. Des montages quotidiens d’environ 5 minutes de la télé française. Des bouts sans lien, mais qui se répondaient parfois. On en avait fait un peu avec le Sportnographe, avant d’être à la radio.

Je me suis dit que ça pourrait être sympa de faire ça avec tous les extraits que j’amasse dans une semaine. Ça se regarde ici:

Les Rumilly modernes

J’entends depuis toujours des critiques sur Radio-Canada. Les perroquets en forme de trolls nous en offrent tous les jours sur les réseaux sociaux. C’est toujours la même affaire: un repère de communistes wokes libéraux et séparatistes (toute se peut). Ils entendent ces trucs chez nos influenceurs médiatiques.

Dans les dernières semaines, Sylvain Charlebois, l’expert en manger, qui a été tassé par La Presse pour cause de propos louches, a déclaré qu’une personne à Radio-Canada lui avait dit qu’elle n’avait plus le droit de l’inviter, à cause d’une directive de La Presse. La fameuse entente secrète sur laquelle on faisait des blagues il y a dix ans est peut-être encore en vigueur. J’ai rarement entendu quelque chose d’aussi absurde, mais bon.

Rodolphe Husny a quant à lui déclaré que Radio-Canada lui imposait un sujet woke par jour.

Il s’est par la suite expliqué à Radio X et disons que c’était pas mal moins catégorique que ça.

À Radio X ou à QUB, c’est un discours que l’on entend souvent. Mathieu Bock-Côté est l’un plus farouche pourfendeur de ce Radio-Canada fantasmé où les wokes ont pris le contrôle. Tout ça m’a rappelé le livre de Jean-François Lisée que j’ai écouté en version audio sur Ohdio. C’est disponible ici. C’est un livre sur les jeunesses parallèles de René Lévesque et de Pierre Elliot Trudeau. C’est à la fois intéressant pour comprendre les deux personnages, mais aussi passionnant pour le portrait intellectuel du Québec de l’époque que Lisée présente.

Lévesque / Trudeau : leur jeunesse, notre histoire | OHdio | Radio-Canada
Écoutez gratuitement le livre audio Lévesque / Trudeau : leur jeunesse, notre histoire

Il y parle entre autres de l’historien pro-Duplessis Robert Rumilly, l’antiwoke des années 1950, genre. Voici ce qu’il disait à propos de Radio-Canada à l’époque:

« La partialité de Radio-Canada se manifeste surtout dans les émissions « culturelles », entre guillemets, celles qui peuvent contribuer à façonner l'opinion. Radio-Canada, par certaines de ses émissions, joue le rôle d'une véritable université populaire. La télévision atteint, à certaines heures, près de 500 000 auditeurs, spectateurs canadiens français, soit plus d'un adulte sur sept. Dressez la liste des participants les plus assidus. Vous aurez Gérard Pelletier, André Laurendeau, Jean-Louis Gagnon, Pierre-Elliot Trudeau, René Lévesque, etc. Le personnel des journaux, revues et groupements gauchistes, Le Devoir, Vrai, Cité libre, etc. émergent grassement au budget de Radio-Canada. (...) C’est avec l'argent de Radio-Canada, c'est-à-dire avec l'argent de tous les contribuables, car Radio-Canada nous coûte un million et demi par semaine, que les gauchistes peuvent endoctriner le public. »

J’écoutais ça et j’avais l’impression que ça aurait pu être dit en 2026 à Radio X. Surtout, j’ai adoré ce bout, qui est quelque chose que j’entends régulièrement à mon sujet:

« Sans compter que les gauchistes acquièrent aussi une habitude, une vraie technique de la télévision, dont la chance est refusée aux autres. Prenez Pierre-Elliot Trudeau, par exemple. Voici un garçon bien ordinaire. Un homme tout ce qu'il y a de plus moyen, possédant seulement une certaine fortune personnelle. Personne n'aurait l'audace de lui attribuer ce qui s'appelle du talent. Sans Radio-Canada, nul, hors du petit cercle de Cité libre, n'aurait entendu parler de lui. »

Si vous saviez le nombre de fois où j’ai entendu à la radio, ou lu des commentaires sur les réseaux sociaux qui disaient que sans Radio-Canada, je n’existerais pas. Qu’au privé, nous coulerions en quelques secondes. Comme si Radio-Canada engageait des gens mauvais pour le plaisir. Comme si une des émissions des plus populaires ne pourrait pas avoir de succès au privé.

Cette perspective historique me donne quelque peu l’impression que la facilité argumentaire n’est pas quelque chose de nouveau. Trouver un ennemi imaginaire et toujours y revenir. Le pire, c’est que c’est presque le même ennemi que dans l’temps, il ne fait que changer de nom. Le communiste, en gros. La bonne nouvelle, c’est peut-être que ces gens subiront le même sort que Robert Rumilly, comme décrit sur la page Wikipédia qui lui est consacrée:

Bien qu'il ait laissé une œuvre abondante et ait été largement connu du grand public de son vivant, Robert Rumilly, dont les valeurs et idées ne correspondaient déjà plus à celles du Québec contemporain issu de la Révolution tranquille, est tombé dans un profond oubli dans la mémoire collective de la société québécoise après sa mort.

Je ne sais juste pas trop quelles sont les valeurs et les idées du Québec contemporain.

Cancel

Pour rester dans le Radio-Canada, fin juin, Mandana Javan (qui était pressentie pour se présenter pour le PQ, mais on dirait que non), avait dit que Radio-Canada est un peu comme les médias iraniens.

« Pour moi, Radio-Canada ici, c'est exactement comme la première chaîne de la République islamique en Iran, à Téhéran. »

Rien de moins. Bref, un média qui fait dans la censure.

J’ai donc bien rigolé donc en voyant cette même Mandana Javan se réjouir d’avoir réussi à faire annuler un festival halal.

Étrangement, personne n’a dénoncé la culture de l’annulation dans ce cas-ci. Encore plus drôle, c’est Radio X qui l’a aidée dans sa démarche. Liberté toi chose. Ceci dit, je pense que l’événement a fini par avoir lieu.

Cacahouètes et IA

En fin de semaine, je suis allé à deux partys de fêtes le même soir. Je dis pas ça pour me vanter, mais parce qu’il m’est arrivé quelque chose d’impressionnant avec l’IA. Dans le premier party, il y avait un petit jeu où il fallait tenter de deviner le nombre de cacahouètes dans un pot Mason. J’ai fait une estimation rapide et j’ai inscrit 122 à côté de mon nom.

Mais j’ai aussi envoyé à Claude cette photo du pot et je lui ai demandé combien il y avait de pinottes à l’intérieur:

Voici la réponse de Claude:

« Mon estimé : environ 120. Le raisonnement rapide : le pot a l'air d'un Ball wide mouth d'un litre (32 oz), rempli à environ 90 %. Une arachide en écale occupe autour de 7 cm³ une fois l'espace perdu entre les écales pris en compte — ça donne à peu près 115-125. Ça concorde avec ce que je compte sur la face visible (une quarantaine), qu'on multiplie par ~2,8 pour les couches cachées. Si c'est plutôt un pot de 2 litres (demi-gallon), double : environ 240. Pour un concours, je miserais 118 — un chiffre impair et précis, moins susceptible d'être choisi par quelqu'un d'autre en cas d'égalité. »

Quelques heures plus tard, dans mon deuxième party et dans un moment de lucidité, je texte mon ami pour qu’il me donne la réponse.

118 pile. Exactement ce que Claude me suggérait.

La seule chose bizarre dans tout ça, c’est que Claude me dit que 118 est un nombre impair...

Musique

Bye Parula, c’est doux.