Aujourd’hui, je vous parle de la peur des mots (mais surtout du mot « végétalien ») et du combat pour sauver les automobilistes.

Dernière semaine de radio pour La journée est encore jeune. Nous serons de retour à la mi-août pour de nouvelles aventures. Par contre, je continue mon balado Olivier Niquet en jaquette encore un petit trois semaines, alors si vous voulez encore un peu d’information autrement, suivez-moi!

Olivier Niquet 24/7 (en jaquette) | OHdio | Radio-Canada
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Les abonnés payants de cette infolettre ont eu droit à une petite envolée contre la montée de l’homophobie en lien avec certains animateurs qui nous parlent des méfaits des « femellisés toxiques » qui rendent nos garçons pas assez toffs, en gros.

Radio moumoune
Ce texte à propos de la montée de l’intolérance envers la communauté LGBTQ2+ et des influenceurs multiplateforme est réservé aux abonnés payants.

La peur du tofu

À cette époque où les gens ont de moins en moins peur d'exprimer publiquement leur misogynie, leur homophobie, ou n'ont pas de problème à promouvoir des théories comme la rémigration, le grand remplacement et la submersion migratoire, certains mots restent étonnamment tabous. La droite porcelaine est trigger par des choses relativement inoffensives. L’écriture inclusive, les wokes ou le véganisme.

La semaine dernière, Le Devoir, puis La Presse, nous décrivaient la petite expérience de Marilou qui n’a présenté que des recettes véganes depuis le début de l’année 2026. Il s’avère que lesdites recettes ont attiré beaucoup de visiteurs alors qu’habituellement, les recettes affichant la mention « végétalien » sont boudées. Bref, les gens sont intéressés par des recettes végétaliennes, si ce n’est pas indiqué qu’elles sont végétaliennes.

Le sociologue et prof à l’ITHQ Alain Girard n’est pas surpris:

« Manger est donc un acte émotif. Et plus encore lorsqu’il est question de viande. « Dans toutes les cultures, la viande a un statut très particulier, souvent supérieur », mentionne-t-il. Manger de la viande, c’est souvent avoir atteint un certain statut social. « Si on met un drapeau végane, pour beaucoup de gens, c’est un repoussoir, ce sont des aliments de peu de valeur. Et d’un point de vue masculiniste, c’est presque efféminé de manger des protéines végétales. »

Ce n’est sans doute pas la principale raison, surtout que j’imagine mal des mâles alpha préparer des recettes de Marilou dans leur quotidien, mais il est vrai que les messieurs auto proclamés très virils mettent généralement le steak sur un piédestal. La virilité est rendue bien étrange. Des hommes sont prêts à s’injecter des substances louches pour avoir des couilles plus grosses que des fèves de Lima, mais craignent de manger sans faire exprès un bol de légumineuses. Quelque part dans un gym, un gars en camisole s'injecte un truc acheté sur Telegram dans l'entrejambe, mais n'oserait pas s'injecter du humus dans le gorgoton.

Des influenceurs de type bro dudes imitent ce que font leurs idoles américaines, inspirées entre autres par RFK Jr, qui mange au déjeuner un bon steak avec de la choucroute: « Chaque matin vers 6h30, il se cuisine un steak accompagné par de la choucroute. Il est tellement dédié à ce régime qu'il ramène souvent sa propre choucroute lorsqu'on va au restaurant ». Le gars doit avoir une pas pire haleine du matin.

C’est un peu l’effet « ce qu’on ne sait pas ne nous fait pas mal ». Je ne suis pas sûr que c’est la même affaire, mais dans une situation périphérique, des neuroscientifiques nous disent que lorsque mis devant des arguments qui confrontent leurs convictions politiques, les gens réagissent avec les mêmes régions cérébrales qui s'activeraient face à une menace physique:

« La réponse cérébrale que nous observons est très similaire à ce qui se passerait si, par exemple, vous marchiez dans la forêt et tombiez sur un ours », explique Gimbel dans l'épisode. « Votre cerveau aurait cette réponse automatique de combat ou de fuite… et votre corps se préparerait à se protéger. »

Faut juste ici remplacer l’ours par du seitan.

Peut-être que les amateurs de steak qui voient un steak de chou-fleur avec la mention « végane » se sentent menacés. C’est un red flag pour certains. Si c’est écrit végane, Gino a peur pour la civilisation occidentale. Mais si on ne lui mentionne pas que c’est un chou-fleur sans viande, il ne voit pas la menace et le déguste comme si de rien n’était, avec un peu de sauce au poivre.

Les influenceurs de l’opinion publique ont tellement crinqué les gens autour de ces mots maléfiques qu’ils deviennent des wedges issues. En général, personne n’a une opinion très arrêtée sur le bouillon de légumes. Mais si on le sert au détriment d'un bouillon de bœuf, il devient une étiquette politique. Il devient un champ de bataille. On a fait croire à certaines personnes qu’on allait leur enlever leurs T-bones et ces personnes sont en colère. Dans un texte sur le site de Radio-Canada, Alexandre Duval évoquait cette citation attribuée à Lao-tseu (ce qui veut dire qu'elle vient probablement de Pinterest):

« Celui qui vous met en colère vous contrôle. »

Pas pour rien que le rage baiting est aussi efficace et aussi payant pour ceux qui le pratique. On agrandit donc l’éventail des choses rageantes pour inclure les légumes.

Il y a aussi beaucoup de « j’ai l’doua » dans tout ça. Semble-t-il qu’on parle de réactance dans ce genre de cas. Je ne connaissais pas le concept, qui est un peu bébé dans le fond:

« Effectuée de manière plus ou moins consciente, la réactance peut survenir quand l'individu a l'impression que quelqu'un ou quelque chose (une règle, une offre) limite les choix qui se présentent à lui normalement et a des composantes affectives, cognitives et motivationnelles. La réactance est d'autant plus importante lorsque l'individu se sent poussé à croire ou faire quelque chose. »

Quand on te dit « mange végane », ton cerveau entend « on te retire la liberté de manger ce que tu veux », et il se rebelle. Eille, tu vas pas me dire quoi faire. Le professeur Alain Girard pense qu’il y a de ça: « Il y a une frange de la population qui s’est sentie attaquée très profondément dans ses valeurs de mangeurs de viande, associées au succès social, aux barbecues l’été entre amis. » Si on dit qu’ils sont des pollueurs et des tueurs d’animaux, ça pompe davantage cette frange.

C’est pas pour rien que depuis des années, j’entends des animateurs radio se déchaîner contre les « bien pensants » qui veulent nous dire quoi faire. On parle ici des mêmes animateurs qui toute la journée disent à leurs ouailles quoi penser, mais bon.

Le texte du Devoir évoque une étude du MIT où des chercheurs ont proposé à des participants à un colloque un choix de menus: « Ils ont opté à 60 % pour un wrap aux légumes et au houmous. Lorsque le même wrap a été présenté à un autre groupe avec la mention « végane », sa popularité a chuté à 36 %. ». Je dois avouer que je peux comprendre. Dans mon esprit, la mention végane me faire miroiter un wrap vert avec du végé pâté et des tomates séchées. Ça ne m’excite pas ben ben. Je mange des légumes et des légumineuses en grande quantité et c’est délicieux, mais il y a beaucoup de trucs véganes qui sont un peu repoussants. Moi aussi, je suis biaisé.

D’ailleurs, une étude de 2018 nous disait que c’était la chose la plus repoussante:

Morning Consult est parvenue à ces conclusions grâce à un sondage réalisé auprès de 2 201 adultes aux États-Unis choisis au hasard, avec une marge d'erreur d'environ 2 % dans un sens comme dans l'autre. Le sondage a été mené entre le 7 et le 11 mai. Trente-cinq pour cent des personnes interrogées ont déclaré que le mot « végane » rendrait un produit moins attrayant, tandis que seulement 17 % ont suggéré qu'il aurait l'effet inverse.

C’est sans doute moins pire aujourd’hui qu’en 2018. Enfin, j’espère. D’ailleurs, je mange beaucoup de trucs sans gluten depuis quelque temps, sans me priver totalement de gluten, et c'est souvent assez bon. Surtout les céréales. Et le gruau. Quand tu mets une demi-tasse de sirop d’érable et des framboises dans ton gruau, on ne remarque même plus l’absence de gluten. Ce n’est pas écrit très gros sur ces produits qu’ils sont sans gluten. Ils ne veulent pas se priver du marché des passionnés de gluten.

En tout cas, tout ça est une question de branding. Si Marilou rebrand un bol de lentilles « bol de performance forestière », y’a probablement plein de monsieurs en chest qui vont en manger.

Les chars l’ont échappé belle

J’ai été assez fasciné par cette discussion entre trois animateurs du FM93 à Québec qui ont toujours dénoncé la guerre à l’auto. Sauf que là, oups, il y en a deux qui vivent au centre-ville de Québec et qui découvrent que marcher, c’est quand même bien, qui pensent qu’ils utiliseront peut-être le tramway, et que les automobilistes sont vraiment imprudents et dangereux pour les piétons. Mais attention, nous rassurent-ils, nous n’arrêterons pas de défendre les automobilistes!

« Je vais être encore dans ma voiture puis je défends ce choix-là. Mais depuis que je suis dans le vieux, je vais te le dire, au départ, quand il y a des feux de piétons, je me mettais tout le temps sur le bord du trottoir. Je ne comprenais pas que j'étais toujours le premier. Là, j'ai compris. Parce que c'est épeurant. Des fois, c'est épeurant la vitesse des chars. Il n'y a aucune raison de rouler à cette vitesse-là dans le vieux. Mais les gens sont pressés, je le sais. Ça m'a fait de voir un autre point de vue.

Pour vrai, je suis content qu’ils réalisent ça, même si je ne me fais pas d’illusion sur la suite des choses. Ce serait contreproductif d’être plus ouverts au transport actif pour une station qui vend de la pub pour les concessionnaires automobiles et qui font leur pain et leur beurre (pas végane) en rassurant les automobilistes pris dans le trafic.

À la même station il y a quelques semaines, la chroniqueuse et ancienne animatrice Myriam Ségal faisait ces déclarations complètement surréalistes sur les feux pour piétons:

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Donc, les feux pour les piétons sont au final dangereux pour les piétons parce que les automobilistes deviennent impatients et risquent de leur foncer de dans.

Elle se vantait aussi de ne jamais peser sur le piton pour éviter de retarder les automobilistes.

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Bref, elle est une genre de Mère Térésa des intersections.

Musique

Difficile de passer à côté de Correct de Les louanges. C’est bon!