Cette semaine, je vous parle du cycle incessant des nouvelles qui n’en sont pas vraiment, de l’IA en humour et de l’avenir des médias.
Les abonnés payants ont aussi pu lire en fin de semaine mon texte sur le cheval de Troie du PCQ qui se stationne à l’Assemblée nationale via Maïté Blanchette-Vézina. Ça parle de Jérôme Blanchet-Gravel et de violence envers les arbres.

Faux semblants
Il y a des semaines où la politique me décourage un peu. Genre 49 semaines par année à peu près. Pas découragé au point d’être cynique, mais découragé de voir que des choses un peu niaiseuses prennent des proportions pas d’allure parce qu’il faut remplir le cycle incessant des panels politiques.
La semaine dernière, on a eu droit à toute cette histoire autour de Charles Milliard, qui a dit en anglais qu’il pouvait répéter qu’il va utiliser la disposition de dérogation si nécessaire, mais pas nécessairement, dans les « deux langues officielles », et même en espagnol, si nécessaire. Mais finalement, pas nécessairement, parce qu’il avait oublié qu’il ne parle pas espagnol. Caramba.
Sauf que tout le monde a sauté sur l’occasion pour dénoncer le fait qu’il ait dit qu’il y avait deux langues officielles au Québec. Dans les corridors de l’Assemblée, des députés sont sortis de leur bureau pour croiser « par hasard » des journalistes et s’indigner de la chose. M. Milliard a été obligé de revenir pour dire, un peu maladroitement, que non non, y’en a juste une, langue officielle.
Si vous me suivez depuis longtemps, vous savez que la défense du français me tient énormément à cœur (oui, j’écoute le hockey en français) et que je ne suis pas fan des libéraux. Mais tsé, ici, c’est juste un lapsus. Il n’ignore pas que le Québec n’a qu’une langue officielle. Mais tellement de monde a joué le jeu de l’indignation que ça m'a donné le goût de sacrer en bilingue.
Deux jours après, on n’en parlait plus. Comme on ne parle plus des autres politiciens qui ont fait le même genre de déclaration dans le passé. Est-ce que quelqu’un va vraiment avoir fait des gains politiques auprès des électeurs avec ce niaisage? Permettez-moi d’en douter. On aura surtout fait du temps d’antenne. J'ai moi-même fait du temps d'antenne en parlant du fait qu'on avait fait du temps d'antenne. C'est merveilleux.
C’est un peu la même chose avec ce qui s’est passé au congrès de Québec solidaire en fin de semaine avec François Lambert. QS veut faire payer plus d’impôts aux personnes qui ont un patrimoine de 25 millions de dollars et plus.
Le monsieur crinqué du NPD doit être content.
En gros la séquence des événements va comme suit:
- En mars, François Lambert écrit que taxer les riches comme le propose QS, il est contre ça.
- Samedi matin, une journaliste demande aux co-porte-paroles de QS ce qu’ils pensent de cette déclaration de M. Lambert.
- Sol Zanetti répond que ça ne changera pas la qualité du vin que pourra boire M. Lambert.
- M. Lambert écrit sur Facebook: Ta yeule, QS.
- Un journaliste demande dans un point de presse de QS ce qu’ils pensent de la réaction de M. Lambert.
- Amir Khadir dit que M. Lambert n’a pas évolué depuis Margaret Thatcher.
- François Lambert accorde 52 entrevues victimaires.
Voici le piège à rage de M. Lambert:

Dans les entrevues qu'il a accordé, il dénonce le fait que Zanetti et Khadir ont personnalisé le débat en le citant, lui qui n’avait rien demandé. Pour vrai, j’ai vu passer une dizaine d’entrevues de M. Lambert… qui se plaignait qu’on lui accordait trop d’attention. Je connais même un animateur d’une émission d’information « autrement » qui a proposé de le recevoir. C’est comme si tout le monde était tombé dans le panneau.
Cerise sur le sundae, François Lambert a hier écrit qu'il avait reçu des menaces de mort à cause de QS.

Tout ça a pris des proportions absurdes. Ceci dit, c'est quand même une bonne nouvelle que la police s'occupe de ce genre de menaces. C'est un estifi de fléau, je peux en témoigner.
Outre cette dernière mise à jour, François Lambert a obtenu beaucoup de visibilité pour monétiser son pop corn et peut-être que QS y gagne aussi. Après tout, François Lambert n’est pas tout à fait l’idole d’un peuple. L’antagoniser est probablement bon pour eux, même si ce n’était pas leur plan. On a au final parlé des inégalités entre les riches et les pauvres. Mais on aurait juste pu skipper le bout rageur de tout ça.
Je n’ai pas commenté ma petite affaire autour de TVA Sports parce que je ne voulais pas embarquer dans ce genre de cycle. Ça aurait été tellement payant pour moi en matière de notoriété de répondre à tous les coups. Je n’ai pas les nerfs pour ça. Je n’ai pas envie non plus de jouer dans ce genre de pièce de théâtre. Je sais, avec une attitude comme ça, je n’arriverai jamais à un posséder un patrimoine de 25 millions de dollars...
Il est arrivé quelque chose de semblable avec le PQ cette semaine alors que Paul St-Pierre-Plamondon a répondu à une question sur l’espionnage canadien. Encore une fois, ça venait des journalistes, pas du PQ. Il a dit que oui, son parti faisait attention, au cas où des espions canadiens (je sais, ça fait pas ben ben peur) étaient à l’affût. Ç’a été le sujet pendant trois jours et pas mal tout les analystes, à quelques exceptions près, on dit: ce n’est pas impossible, c’est déjà arrivé, pas mal toutes les organisations interdisent les téléphones dans les réunions importantes, mais c’est peut-être un peu exagéré de penser qu’Ottawa fait ça. Pas vraiment de quoi capoter.
Éric Duhaime, toujours à la fine point d’instrumentaliser un débat, est allé jusqu’à dire que ça démontrait que le PQ n'a pas les priorités à la bonne place.
« Le monde a de la misère à payer l'épicerie. Le monde n'est pas prêt à renouveler son hypothèque. On a enregistré 64 800 pertes d'emploi dans les 12 derniers mois au Québec. La priorité du PQ, c'est d'essayer de trouver des espions. Sur quelle planète ils vivent? »
Bien sûr que les auditeurs de Radio X ne pensent pas que PSPP se soucie plus des espions que des files devant Liquidation Marie. Ce qui est triste c’est que Duhaime pense qu’ils sont assez nonos pour ça. Ce qui est triste, c'est que les publics les plus partisans se sacrent un peu de la qualité des arguments quand l'entourloupe fait leur affaire.
Tout ça pour dire que ce système-là n’est vraiment pas productif, mais tout le monde le fait parce que tsé, les autres le font. Ne pas se joindre à la mascarade, ça veut dire ne pas être vu. Et les views, on aime ça en maudit.
Plogues
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IA et humour
Cette année, j’ai fait deux conférences sur mon utilisation de l’IA dans la préparation de mes chroniques. Les abonnés premium ont accès à un résumé ici (ma pratique a un peu évolué depuis). Je me sers de l’IA entre autres comme une sorte de script éditeur qui me suggère des pistes d’idées pour des blagues.
En fin de semaine, le Journal de Montréal a publié un dossier sur l’utilisation de l’IA en dessin, en musique et en humour. Arnaud Soly a servi de cobaye. Ils ont demandé à l’IA d’analyser son style et de produire du contenu:
« Avec Le Journal, Arnaud Soly s’est prêté à l’exercice de faire écrire par l’IA une capsule vidéo dans son style. « Pour vrai, c’est quand même correct », lance Arnaud Soly à propos de la capsule suggérée par Claude. Un test dans le style stand-up était par contre très raté. « C’est pénible, mais le stand-up, c’est comme l’affaire la plus difficile au monde », laisse tomber l’humoriste. »
Le résultat n’est pas tellement concluant. Arnaud ajoute quand même que « à la vitesse où ça évolue, on pourrait avoir la même discussion dans huit mois et peut-être qu’on ne serait pas à la même place ». Je suis pas mal d’accord avec ça. Mon système de script éditeur est rendu pas pire impressionnant. Au début, c’était vraiment poche, mais depuis quelque temps, l’IA me fait de plus en plus de suggestions de jokes où je me dis: câline, je pourrais prendre ça intégralement, pis ça serait drôle. Évidemment, je ne ferai pas ça. Je l’utilise surtout parce que souvent, ça m’inspire d’autres idées, d’autres angles que je n’avais pas vus.
Je suis pas mal sûr que les humoristes de nos jours s’en servent aussi. Certains me l’ont confirmé. S’ils vous disent que non, c’est parce qu’ils mentent ou parce qu’ils n’ont pas encore découvert les bénéfices de la chose. Rien ne bat un vrai script éditeur, mais si tu n'en as pas, l'IA peut aider. Tant que c’est utilisé comme une façon de brainstormer, je trouve ça éthiquement correct.
Mais un humoriste 100% IA, ça s’en vient dans pas long, trompez-vous pas.
Le vélo mis de côté
J'ai ressorti mon vélo et ça me rend heureux. Même s'il pleut une journée sur deux. Ce texte de l’écrivaine et créatrice du documentaire scénique « Si j’avais pas de char », fesse pas mal, mais ça vaut la peine de le lire si vous n'êtes pas sensibles aux risques de faire du bécique à pédales.

Personnellement, je n’ai pas peur en vélo à Montréal, mais faut être hypervigilant, c'est vrai.
En passant, URBANIA tente une nouvelle approche pour se libérer un peu des plateformes étrangères. Inciter les influenceurs (mettons) à relayer leur contenu avec un petit incitatif financier lié au nombre de lectures et d’abonnements générés. C’est pas fou. Plutôt que de payer Meta, aussi bien encourager des gens d’ici. Ça me donne envie de faire pareil. Parce que moi aussi, je veux des abonnés, tsé.
J’haïs pas non plus l’initiative de Louis Morissette. J’ai déjà écrit ici qu’on en est peut-être rendus à arrêter d’essayer d’attirer le public sur les plateformes des grands médias et d’aller là où il est (malheureusement) si on veut sauver notre culture. C'est aussi ce que pense Louis:
« On dit que les jeunes ne s’intéressent pas aux contenus québécois. Je ne pense pas que ce soit vrai. Mais il faut aller là où ils sont », évoque le président du Groupe KO pour expliquer sa décision de miser d’abord sur YouTube. »
J’en parlais un peu avec Louis T hors d’ondes cette semaine et selon lui, c’est une belle idée, mais de vouloir imposer les mêmes trucs de la télé traditionnelle sur les réseaux sociaux, c’est un peu prendre la chose à l’envers. Ce qui pogne sur YouTube, c’est ce qui a émergé organiquement, avec les codes des réseaux sociaux. Peut-être que les deux peuvent coexister. On verra.
D’ailleurs, si vous voulez réfléchir à l’avenir des médias, ce petit documentaire de Mounir Kaddouri sur la consommation culturelle des jeunes de nos jours est à voir.
Musique
Ben voyons toi, du nouveau Boards of Canada…

