Aujourd’hui, je vous parle de nos politiciens qui entendent des choses à l’épicerie, et de code vestimentaire.

Désolé d’avoir mis aussi longtemps à vous écrire. J’avais du pain sur la planche sur d’autres projets et j’ai connu une sorte de contretemps. Je devrais pouvoir reprendre le rythme normal sous peu! Merci de continuer à me lire et à inviter les gens à s’abonner à cette infolettre. C’est la meilleure façon de m’encourager.

Le vrai monde au Provigo

Une des tâches que je préfère dans la vie, c’est faire l’épicerie. Me promener dans les allées, effleurer des tomates, sentir la coriandre, m’émouvoir devant une cuisse de canard en spécial (sinon, c’est pas achetable). J’ai développé une grande efficacité à ce chapitre. Depuis que j’ai sous-traité ma mémoire à Google en 2005, j’ai de la misère à retenir mon propre numéro de téléphone. Pourtant, je me souviens de tout ce que contient mon frigidaire et je suis capable d’imaginer des plats tout en essayant de passer à travers deux personnes distraites qui bloquent le chemin dans l’allée des céréales. J’aime imaginer ce que je pourrais concocter avec un délicieux filet de porc ou une belle botte d’asperges. D’ailleurs, la saison des asperges s’en vient. J’me peux pu.

Il y a quand même quelque chose que je ne trouve jamais à l’épicerie, et ce sont les politiciens. Faut pas être chanceux. Parce que si je me fie à leurs points de presse ou aux périodes de questions, à Québec comme à Ottawa, ils passent leur temps à l’épicerie, ces gens-là. Presque chaque jour, j’en entends un déclarer « les gens me disent telle ou telle affaire à l’épicerie ». C’est devenu l’indicateur de ce que le peuple pense. Un indicateur une coche en dessous des vox pop à la télé, bien sûr. Au moins à la télé, on sait que les personnes existent. Ils ne sont pas représentatifs, mais ils existent.

C’est surtout bien mieux que de dire « le monde dans la rue le dit », comme l’a fait Alexandre Boulerice à propos des gens qui sont d’accord avec son move de passer du NPD à QS. C’est pas contre lui, ils font tous ça. C’est juste l’exemple le plus récent qui me vient en tête. Les gens dans la rue, c’est un peu plus précis que le « vrai monde », mais c’est quand même vague. Les gens à l’épicerie, déjà, on sent que c’est plus incarné. Aussi, c’est plus terre à terre que de dire: « les gens sont d’accord avec mes idées, au cigare lounge ». Pas le genre de phrase qui passerait bien aux nouvelles de Céline Galipeau.

Il y a donc Ruba Ghazal qui « se tient » devant les magasins à une piasse où les gens lui disent que l’épicerie coûte trop cher ou Geneviève Guilbault qui se faire dire chez Provigo qu’elle devrait apprendre une autre chanson à la flûte à bec. François-Philippe Champagne et Luc Berthold recueillent aussi régulièrement des témoignages à l’épicerie. Même chose pour les maires et mairesses et les animateurs de radio qui ont régulièrement des sources à l’épicerie. Moi-même, parfois, je recueille des témoignages quand je magasine ma bière sans gluten et sans alcool (aussi appelée « eau »).

Évidemment, toute déclaration n’est pas bonne à rapporter. Je ne suis pas sûr qu’un politicien nous dirait que des gens lui on dit que leurs politiques étaient de la bouette tout en cherchant le sac qui contient les plus belles cerises. Les politiciens font du cherry picking sur ce qu’ils rapportent aux journalistes.

En tout cas, il paraît qu’on appelle ça la preuve anecdotique. C'est quand tu utilises une conversation avec un monsieur à la caisse libre-service pour prouver que 8 millions de Québécois pensent comme toi que les caisses libre-service, c’est de la chnoute. Aristote en parlait déjà il y a 2400 ans, sauf que lui, c'était à l'agora plutôt qu'au IGA.

En fait, déjà, je suis surpris que ces politiciens fassent leur propre épicerie. Mais ça s’peut. Tu peux pas toujours manger dans les soupers spaghettis. En fait, il y a quand même Mark Carney en débat l’an passé qui avait dit que lui, il ne faisait pas l’épicerie en raison de sa position « différente ».

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Une conversation délicieuse, comme le dit si bien M. Poilievre.

Je me demande si comme moi, nos élus vont à l’épicerie en mou. Semble-t-il que c’est devenu la norme. Le Journal de Montréal en parlait l’autre jour:

41 % des personnes âgées de 45 ans et moins disent trouver « acceptable » de porter un pyjama pour aller faire des courses rapides à l’épicerie ou dans un magasin, selon une étude du Centre de recherche Pew réalisée en 2023.

Les amateurs de beau linge diront qu’il reste 59% des gens qui ont encore un minimum de dignité et qu’il faut voir le bon côté des choses.

Personnellement, je n’y vais pas en pyjama, mais en pantalons de jogging, oui. Dans l’temps on aurait dit que je suis habillé comme la chienne à Jacques, mais aujourd’hui, le jogging est la version chic du pyjama. C’est rendu que 95% des jeunes portent le jogging de nos jours (je n’ai pas de source officielle à ce sujet, mais quelqu’un m’a dit ça à l’épicerie). De toute façon, l’important, c’est d’avoir une bonne haleine. Si t’es en mou et tu sens la menthe fraîche, aucun problème!

Semble-t-il que l’épicerie en pyjama est même plus rapide. Étrangement, ils ont des statistiques là-dessus.

Au Canada, une visite à l’épicerie dure en moyenne 22 minutes, indique l’expert. Or, pour un client en pyjama, la course moyenne dure de 12 à 15 minutes.

J’imagine que tu te dépêches pour ne pas croiser quelqu’un que tu connais qui va te juger parce que t’as un pyjama avec des p’tits oursons dessus.

En tout cas, je rêve d’un jour rencontrer François-Philippe Champagne en pyjama à l’épicerie. Me semble qu’il doit porter un bonnet de nuit ce monsieur-là. Je pourrais lui poser une question qui se retrouverait au Parlement et qui aurait une influence sur la politique canadienne. « Monsieur le président, les gens à l’épicerie, monsieur le président me disent qu’ils veulent ramener les Expos, monsieur le président » (il abuse vraiment du M. le président). Je me sentirais important. Et peut-être qu’on retrouverait le baseball à Montréal…

Plogues

Musique

Jérôme Minière nous propose une nouvelle chanson toute douce, avec Salomé Leclerc.