Aujourd’hui, je me demande s’il faut vraiment dire à nos jeunes d’espérer un monde meilleur et je fais une petite analyse des politiciens de qui j’ai parlé à la radio cette saison selon leurs allégeances.
Je suis désolé de vous avoir négligés dans les dernières semaines. Je vous promets d’être plus assidu dans les prochains jours. Je suis en train de revoir un peu comment je distribue mes énergies, et l’infolettre est l’une des choses que j’aime le plus faire. Lâchez-moi pas (svp)!
Aussi, si vous voulez avoir une dose quotidienne de mes réflexions pas super pertinentes sur la vie, c'est dans mon balado Olivier Niquet en jaquette que ça se passe.
L’espoir obscène
J’ai toujours été quelqu’un de plutôt optimiste dans la vie. Certains diraient même que je suis un imbécile heureux. Je n’ai pas une assez bonne mémoire pour être rancunier, mais j’en ai une assez bonne pour me rappeler que tout finit par bien aller. Je sais, je suis privilégié de pouvoir dire ça. C’est loin d’être le cas pour tout le monde. Je l’ai eu plus facile que d'autres, alors j’ai tendance à penser que ça continuera d’être facile. Pas dans le sens que j’ai pas travaillé fort, mais dans le sens que tout finit par s'arranger, tout le temps.
À une époque pas si lointaine, je pensais que c’était pareil pour l’humanité. J’avais une petite tendance cornucopienne. J’ai déjà parlé des cornucopiens dans La Presse:
« Le mot tient son origine de la légende de la corne d’abondance. Pluton, le dieu romain de la richesse (une sorte d’Elon Musk avec une toge), avait en sa possession cette corne, pleine d’un buffet à volonté qui n’aurait rien à envier à la Casa Corfu. Les cornucopiens pensent que le génie humain est une ressource inépuisable. »
Oui, je viens de m’autociter.
Les cornucopiens sont des gens qui pensent que les technologies vont régler tous les problèmes de l’humanité. J’ai longtemps cru à ça. Quand j’étudiais en urbanisme, je m’imaginais un futur délocalisé, sans congestion routière à cause du télétravail, sans pollution à cause des transports collectifs modernes et des voitures électriques, peuplé de gens éduqués parce que tout le savoir allait être disponible à portée de clic (ou peut-être par la télépathie). Finalement, les entreprises et les gouvernements délaissent tranquillement le télétravail et forcent les employés, qui délèguent leur capacité de réfléchir à une IA, à aller faire des réunions sur Teams dans des bureaux vides.
J’y crois peut-être encore un petit peu, en cachette, je l’avoue, à ce monde du futur. C’est juste que je suis moins candide. Et si je me souvenais de ce que le livre du même nom que j’ai lu au cégep raconte, je pourrais même citer Voltaire. Disons qu'en gros, je crois encore un petit peu que tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mais j’ai depuis compris que les technologies ont beau être révolutionnaires, il faut lutter contre des forces puissantes pour qu’elles soient mises en place. D’ailleurs, je suis surpris qu’on ne parle pas plus de la déclaration de l’ancien ministre de la Cybersécurité Gilles Bélanger la semaine dernière chez ma collègue Isabelle Ménard à Sherbrooke:
« Vous savez, on a une emprise, on est en otage de plusieurs entreprises internationales, américaines, qui ont des solutions. Les lobbies, c'est un cancer qui afflige les organismes publics, les gouvernements, et c'est sournois. On ne l'entend pas, on ne le voit pas. »
On a bien beau inventer le concept révolutionnaire de la roue à trois boutons, si l'omnipotente industrie du boulon pense que ça va nuire à ses ventes, le produit ne pourrait jamais voir le jour.
J’ai compris qu’on a bien beau savoir ce qui est bon pour l’humanité, ce n’est pas nécessairement ça qui va percoler dans l’espace public. Y’aura toujours des gens pour sacrer des coups de pied dans la bonne marche du progrès.
Aujourd’hui, je fais moins dans la pensée magique et je me demande comment faire pour contrer ces forces qui peuvent freiner la construction d’un monde meilleur. Certains diraient que c’est juste que leur définition d’un monde meilleur n’est pas la même que la mienne, mais permettez-moi de douter de leurs motivations. Beaucoup de gens veulent construire un monde meilleur pour leur petite personne avant tout, peu importe si ça se fait au détriment des autres. Moi-même, ça m'arrive souvent.
En tout cas, je suis tombé sur un texte dans une revue scientifique (je ne me souviens plus où, mais probablement chez Patrick) qui développe une thèse sur l’espoir et ça m’a fait me demander si pour que les choses changent, il ne faudrait pas arrêter de dire à nos jeunes que « ça va bien aller ». Ça s’appelle « The obscenity of hope » et les auteurs proposent une révolution sans espoir. Ça fait rêver, hein?
Selon eux, l'espoir est une construction humaine qui piège ceux qui s'y fient, c’est-à-dire, les niaiseux comme moi. C’est un piège pour maintenir les gens dans leur case, c’est une façon de dire aux gens qui souffrent: lâchez pas, attendez votre tour. Mais leur tour n’arrivera pas. Il faut donc lâcher l’espoir.
« Il existe de très bonnes raisons de ne pas avoir « d'espoir » au XXIe siècle. En effet, il existe une obligation éthique de dépasser le dualisme paralysant entre espoir et désespoir et de cultiver des manières d'être qui répondent mieux à l'absurdité et à l'obscurité de notre époque. Pour s'affranchir des limites du « statu quo », ceux d'entre nous formés par les épistémologies coloniales et capitalistes doivent remettre en question nos croyances, nos désirs, nos idées de progrès, nos mesures de succès ainsi que les identités anthropocentrées que nous avons créées. Il est fort peu probable qu'une seule personne règle le problème des changements climatiques, ou qu'il soit résolu tout court. Pourtant, il demeure vrai que les habitants des nations à statut socio-économique élevé portent la plus grande responsabilité, tant dans la crise que dans la perpétuation des systèmes destructeurs. Il est temps d'abandonner l'espoir que ces mêmes systèmes et les imaginaires qui les soutiennent nous offriront, d'une manière ou d'une autre, un avenir différent. »
On parle beaucoup de décroissance aussi par les temps qui courent. Tsé, slaquer un peu sur le gaspillage, semble-t-il que ça pourrait être une bonne idée. Ça fait beaucoup de choses à sacrifier pour sauver le monde. Fini l’espoir et fini s’acheter des bébelles pour se consoler quand on a perdu espoir.
Surtout, je ne sais pas si c’est si une bonne idée de dire à nos jeunes, « inquiète-toi pas, ça va mal aller », plutôt que le contraire. Je pense que je préfère que mes enfants soient eux aussi des imbéciles heureux. En tout cas, pendant que c’est encore possible…
Plogue
Portrait d'extraits
J’aime toujours sortir des statistiques sur les clips que j’ai diffusés à la radio pendant la saison. Il me reste encore trois semaines de radio, mais j’ai tellement vu passer de choses folles sur mon travail dans les derniers jours que je trouve que ça vaut la peine de le faire maintenant.
J’ai passé environ 1700 extraits audio ou vidéo cette saison à La journée est encore jeune. Là-dessus, environ 500 étaient des citations de politiciens provinciaux et environ 200 étaient des citations de politiciens fédéraux. Désolé pour mes auditeurs de l’Alberta.
Chez les politiciens du Québec, voici la répartition par partis.

Clairement, si on regarde ce graphique, je suis vraiment injuste envers le PQ. Pas dans le sens que je suis un marxiste qui les pourfend, mais dans le sens que j’en parle pas assez. Ils sont en tête des sondages, après tout. C’est sans doute parce qu’ils sont peu nombreux que j’en parle moins. Ça fait moins de pieds à se mettre dans la bouche. La CAQ avec ses 90 députés (en fait, j'ai perdu le compte), est pas mal plus sous les projecteurs, mettons.
À Ottawa, c’est le parti de Mark Carney que j’ai le plus souvent cité. C’est normal il est au pouvoir. Les conservateurs de Pierre Poilievre n’arrivent pas très loin.

J’espère que même si je me moque le plus souvent des libéraux, j’aurai quand même accès mes généreuses subventions.
Je ne ferai pas semblant que je suis neutre, bien sûr, mais je tiens à dire que si je me moque des propos de quelqu’un, c’est parce que je trouve un peu nono, illogique ou comique ce que cette personne a dit, et non pas parce que je me dis: cette personne a telle tendance politique, alors je dois la cibler coûte que coûte. Non. Si c’est drôle, j’y vais.
En passant, au sujet de la représentation des figures politiques dans nos médias, l’Observatoire de la liberté d’expression de l’UQAC vient de publier un rapport qui a analysé 84 000 articles dans les médias dans les dernières années. On y retrouve quelques faits saillants:
- 8 % et 52 % des dix personnalités les plus citées dans les médias québécois et du reste du Canada sont états-uniennes; Trump est mentionné respectivement 3,4 et 3,6 fois plus que Carney, 4,4 fois plus que François Legault et 8,3 fois plus que Danielle Smith.
- La droite conservatrice domine la couverture médiatique des deux corpus : 71,5 % au Québec et 72 % dans le reste du Canada.
- La droite conservatrice représente plus de 70% des 10 personnalités les plus citées dans les médias du Québec en 2025, contre moins de 30% pour la gauche.
Ça me fait donc un peu rire (ou pleurer, parce que le fameux « narratif » est pris dans le béton) quand les influenceurs qui sont sur toutes les tribunes les plus populaires (et même à l’Assemblée nationale), nous disent que les dangereux wokes autoritaires ont pris le contrôle du débat public pour imposer leur pensée unique et censurer la droite.
Je ne sais pas si la droite domine parce que la gauche parle trop d’elle, mais selon ces données de l’UQAC, ça semble être la droite qui impose ses thèmes dans la sphère publique.
Musique
Un peu de Québec Redneck Bluegrass Project, un groupe que j’arrête pas de me dire qu’il faudrait que j’explore davantage.