La douche d'Éric Duhaime, l'actualité sélective et la CBC

La douche d'Éric Duhaime, l'actualité sélective et la CBC

Gros 31 décembre pour moi. Une soirée qui a cristallisé mon statut d’influenceur. Tellement que ça me donne le goût de noliser un avion. C’est que Jean-René Dufort a parlé à Éric Duhaime de cette phrase où il déclarait qu’il était « philosophiquement non vacciné », phrase que j’ai mise en lumière après m’être tapé une des 10 000 entrevues que M. Duhaime a données à Radio X cet automne.

Dans le Bye Bye, c’est le fait qu’Éric Duhaime aime bien prendre sa douche avec ses parents qu’on a évoqué, aussi une citation que j’avais mise de l’avant cet automne et qui avait été reprise un peu partout par la suite. Je me demande quand même quelle proportion de la population du Québec a compris la référence...

Peu importe. Ce qui m’a le plus frappé d’Éric Duhaime le soir du 31, c’est cette déclaration tirée de son entrevue à Infoman:

– Est-ce que c’est une passion pour toi foutre le trouble?

– Non, mais je suis juste conscient c’est quoi la politique, pis je suis juste conscient que si t’es trop plate, t’es trop drabe, pis tu dis des affaires beiges, ben tu passes entre deux craques.

– Fait que là toi tu te lèves chaque matin et tu te dis: comment je pourrais foutre le trouble?

– Pas chaque matin. De temps en temps. Faut pas que tu y ailles à tous les matins, parce que là, ça devient de l’overkill.

Ça me surprend toujours parce que c’est le genre de chose qu’on lui reproche: « Eille, tu ne fais que dire des choses outrancières pour susciter des réactions et faire parler de toi », et lui de répondre: « Fectivement ». Il a aussi déjà dit que « la controverse en politique, c’est l’oxygène qui nourrit la flamme ». Sauf que la flamme des fois, ça allume des feux.

Ce genre de feu là:

Et comme le disait Gabrielle Destroismaison, attention le feu, c’est chaud, c’est dangereux.

Polarisation

C’est encore un autre facteur qui participe à la polarisation (oui, je sais, on dirait que la polarisation est la source de tous les maux, mais c’est parce que c’est un peu vrai). Je dis souvent aux gens que je côtoie qu’ils sous-estiment la proportion de la population qui ne suit pas l’actualité. Je suis  justement tombé sur ce tweet qui décrit bien la situation:

Les gens ne sont plus exposés à d’autres nouvelles qui ne les intéressent pas. Ils peuvent ne s’intéresser qu’à un sujet ou bien ne suivre qu’une source d’information qui correspond aux idées de sa tribu. Je me suis commandé le livre d’Ezra Klein, d’ailleurs. Je vous en donnerai des nouvelles. Peut-être.

La CBC

Un petit mot pour finir sur cette histoire de chroniqueuse à la CBC qui a quitté pour cause de surdose de « wokisme ». Elle s’appelle Tara Henley et je ne la connaissais pas. En fait, je ne sais à peu près rien de ce qui se passe à la CBC, je dois l’avouer. Difficile de juger donc si ce qu’elle dit est une description juste de la situation. Si c’est le cas, c’est effectivement inquiétant.

« Travailler à Radio-Canada, c'est se soumettre à des entretiens d'embauche qui ne portent pas sur les qualifications ou l'expérience, mais exigent plutôt la répétition des orthodoxies, la démonstration de sa fidélité au dogme. C'est devenir moins hostile au gouvernement et aux entreprises et plus hostile aux gens ordinaires qui ont des idées que Twitter n'aime pas. [...] C'est consentir à l'idée qu'une liste croissante de sujets est à éviter, que le dialogue lui-même peut être néfaste. Que les grands problèmes de notre temps sont tous déjà réglés. C'est capituler devant la certitude, fermer l'esprit critique, étouffer la curiosité. Se taire, ne pas poser de questions, ne pas secouer le bateau. »

Elle dit aussi que c’est fait pour « monétiser l’indignation et susciter la division ». C’est drôle parce que c’est ce que je crois que font la plupart des gens qui pourfendent le mouvement woke. Elle nous dit que c’est plutôt le contraire. Je vois mal comment la CBC fait de l’argent avec tout ça, mais bon. C’est un autre monde, comme je disais.

Le documentariste Christopher Rufo décrivait candidement la stratégie de son clan en mars dernier:

« Nous avons réussi à figer leur marque – la “théorie critique de la race” – dans la conversation publique et nous ne cessons d’accroître les perceptions négatives. Nous finirons par la rendre toxique, car nous regroupons toutes les insanités culturelles sous cette marque. L’objectif est de faire en sorte que le public lise quelque chose de fou dans le journal et pense immédiatement à la “théorie critique de la race”. Nous avons décodé le terme et nous le recodifierons pour annexer toute la gamme des constructions culturelles qui sont impopulaires auprès des Américains. »

La théorie critique de la race et le phénomène woke sont interchangeables ici. Je pense que c’est plutôt ce qui explique la montée de cette question dans les médias. Ça n’empêche pas que les politiques internes de la CBC peuvent être douteuses.

Bref, je ne connais pas bien la CBC, mais je ne sais pas trop comment ça se passe dans les équipes de Radio-Canada en français non plus. Disons qu’on ne se voit pas beaucoup, surtout en temps de pandémie, mais je doute que ce soit semblable. Surtout que, comme le rappelle le Journal de Montréal:

« Le son de cloche est très différent du côté francophone. Il y a environ huit mois, une étude commandée à une firme externe a révélé de graves lacunes en matière de diversité au sein du diffuseur public. Un sondage mené par la firme RH Sept24 en novembre, auprès de 1383 employés francophones, a démontré que des employés de Radio-Canada issus des minorités visibles se sentaient mis de côté et craignaient d’exprimer leurs idées. »

Reste que Tara Henley a décidé de quitter la CBC pour écrire sur Substack. Elle reste donc ma collègue! Avec une sortie comme ça, elle risque de se faire beaucoup d’abonnés...

Malgré tout ça, je vous souhaite une belle année remplie de nuance.

S’il vous reste du temps...

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