Bonne année tout le monde! Je vous souhaite du bonheur et la paix dans le monde. C’est mal parti, je sais.

Ma résolution pour 2026 est d’essayer d’éviter la rage de l’internet. Beau défi. Cette infolettre et mon balado seront mes principaux outils. On m’a dit plusieurs fois ces derniers temps que la façon dont je parlais de l’actualité, le ton que j’employais dans mon balado, rendait le concept de s’informer un peu plus tolérable. Ce n’était pas planifié, mais tant mieux si c’est le cas.

De retour en ondes lundi, en passant.

Je vous parlerai un peu plus bas d’infolettres et de rage, mais avant, je voulais vous parler de bouffe.

On mange beaucoup de m…

J’ai passé un affreux temps des fêtes. Pourtant, j’adore cette période de l’année. Voir la famille et les amis, manger de la bonne bouffe, boire du bon vin. Mais cette année, j’étais sur le carreau. Je ne me souviens pas d’avoir été malade sur une si longue période. Presque un mois à tousser, puis à être complètement jammé dans la région de la face.

Ça fait que je ne goûtais rien. Toutes ces belles victuailles ingurgitées pour rien sinon que pour survivre. J’aurais dû boire des Bulles de nuit plutôt que du champagne. Une situation extrêmement frustrante. Manger du bon manger est ce qui me plait le plus dans la vie. Là, il me fallait ajouter une tonne de sel pour que ça goûte quelque chose. Et quand je dis « quelque chose », je veux dire que ça goûtait le sel.

Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai gardé en tête cette belle (et triste) phrase de Réjean Ducharme dans L’hiver de force: « le bonheur c'est le temps que dure la surprise d'avoir cessé d'avoir mal ». En ce moment, pour moi, le bonheur, c’est la surprise de recommencer à goûter de quoi. Ça s’en vient tranquillement.

Je reviens au sel parce que cette semaine, on nous apprenait qu’au Québec, huit personnes sur dix au Québec dépassent la limite de consommation de sodium recommandée par jour. Évidemment, les personnes qui vivent de l’insécurité alimentaire sont les moins susceptibles de bien s’alimenter selon l’étude: « Alors que 40 % des personnes en sécurité alimentaire consomment cinq portions de fruits et de légumes par jour, ce chiffre tombe à 10 % chez celles en situation d’insécurité alimentaire. ». Je voulais en parler parce qu’il y a beaucoup de nouvelles liées à l’alimentation qui sont sorties depuis le début de l’année.

On nous apprend aussi que les soupçons sanitaires s’accentuent au sujet de plusieurs agents de conservation alimentaires. Les sulfites, nitrites et autres sorbates sont associés à un plus grand risque de cancers selon une étude française: « Ce n’est pas parce qu’on va consommer des produits avec des agents de conservation qu’on va avoir tout de suite un cancer, mais il faut limiter la fréquence de l’exposition à ces produits ». On parle surtout de charcuteries, ici.

La Presse nous apprenait quant à elle qu’il y avait trop de bois dans le fromage râpé. Oui, du bois. En fait, les fabricants ajoutent de la cellulose pour empêcher l’agglutination des bouts de fromage. L’Agence Canadienne d’Inspection des Aliments a fait des tests qui disent que seulement 55% des produits respectent les doses maximales. Personnellement, je n’ai jamais trop saisi pourquoi un consommateur voudrait payer plus cher son fromage pour éviter deux minutes de râpage, mais je ne juge pas. Presque pas. Peut-être que l’idée de faire gratiner des restants de 2x4 va commencer à rebuter ces personnes.

Pendant ce temps-là, aux États-Unis, Robert F Kennedy Jr a complètement revampé l’équivalent de notre guide alimentaire pour mettre la viande rouge, le fromage et les fruits et légumes au top. Ce n’est pas une si bonne idée, selon les experts:

« Je suis très déçu par la nouvelle pyramide qui met la viande rouge et les sources de graisses saturées tout en haut, comme si c'était quelque chose à privilégier. Cela va à l'encontre de décennies et de décennies de preuves et de recherches », déclare Christopher Gardner, expert en nutrition à l'Université de Stanford. Il était membre du comité consultatif des recommandations alimentaires, qui a examiné toutes les preuves nutritionnelles. Il est favorable à l'augmentation des sources de protéines végétales, comme les haricots, plutôt qu'à la mise en avant des protéines animales. »

Ça me rappelle quand Lise Ravary s’était insurgée contre le nouveau guide alimentaire canadien parce qu’on y vantait les pois chiches.

« Le premier ministre doit intervenir pour protéger notre patrimoine alimentaire, à moins que l’obsession des pois chiches ne soit devenue le reflet du multiculturalisme canadien. Le P’tit Québec est-il trop blanc ? »

RFK Jr a manqué une belle occasion de sortir cet argument.

En passant, au sujet de la viande rouge, je vous invite à écouter le balado Front de bœuf sur Ohdio. Disons que ça ne donne plus tellement envie de manger du steak haché.

Au moins, RFK Jr veut décourager les Étatsuniens de manger des aliments ultratransformés. Dans les derniers mois, des études au sujet de ces aliments nous apprenaient que « la consommation d’aliments ultratransformés semble modifier la structure du cerveau d’une manière qui stimule ensuite la consommation de ces aliments, l’emprisonnant dans une sorte de cercle vicieux ». On a aussi su qu’ils augmentaient le risque de dépression.

Du côté des bonnes nouvelles, avec l’arrivée d’un nouvel étiquetage qui force les fabricants à mettre un autocollant avec une loupe sur les emballages des aliments à haute teneur en sodium, en sucre et en gras saturés, plusieurs entreprises ont décidé d’ajuster leurs produits pour éviter d’être ainsi pointées du doigt. Je ne sais pas si les consommateurs vont être à l’affût de ces loupes, mais si les entreprises rendent leurs produits meilleurs pour la santé, c’est une bonne chose.

Je parlais pour un petit projet dernièrement avec François Reeves, cardiologue et professeur, qui s’intéresse aux facteurs environnementaux de la santé cardio-vasculaire. Selon lui, les quatre piliers de l'environnement face à la santé cardiovasculaire sont les nanoagresseurs aériens, les nanoagresseurs alimentaires et les deux protecteurs sont le degré d'avertissement autour de nous et la propension de la facilité à faire de l'activité physique. La sommation de la pollution atmosphérique et du fast-food multiplie par quatre la maladie cardiovasculaire. Donc si vous avez tendance à manger du fast-food dans un quartier pollué, vous êtes dans le trouble.

Malheureusement, malgré que ces facteurs environnementaux et alimentaires tuent beaucoup de gens, on parle de phénomène de masse. On n’en parle pas aux nouvelles comme on parlerait d’un meurtre ou d’un accident de voiture, même si les impacts sont bien plus grands que ces faits divers et que les effets sur le système de santé, ses coûts, et donc l’économie en général, sont grands.

C’est le problème de notre époque: la difficulté d’expliquer les phénomènes globaux parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour dire que de vouloir atténuer ces effets, c’est de la dictature ou du despotisme, comme on l’a vu dans le cas de l’interdiction de feux de foyer à Québec cette semaine.

L’infolettre en 2026

Petit bilan de cette infolettre pour amorcer 2026.

Dans la dernière année, Tourniquet a gagné 2500 nouveaux membres et compte maintenant 16 600 abonnés environ. 13 500 de ces abonnés reçoivent l’infolettre hebdomadaire et un peu plus de 4000 l’infolettre quotidienne dont le nombre d’abonnés a presque doublé en un an. J’ai même été cité dans un grand journal, genre. Ça me fait plaisir parce que Tourniquet Express est un très bon complément à mon balado, qui se maintient dans les hautes sphères du palmarès d’Ohdio. C’est aussi une belle façon d’être mis au courant des pires bêtises qui s’écrivent sur les réseaux sociaux, que je ne relaie justement plus sur les réseaux sociaux à cause de toute la rage que cela engendre.

Vous êtes plusieurs à m’encourager en vous abonnant à l’infolettre premium. Je passe beaucoup de temps à préparer tout ça, alors ça me donne une raison de ne pas avoir de vie. Et ça paye l’hébergement sur une plateforme qui n’appartient pas à des tech bros acoquinés à des leaders autoritaires. Régulièrement, je publie des textes en bonus pour ces abonnés et d’ailleurs, hier, j’ai publié des explications détaillées de comment j’utilise l’IA pour faire mon travail, pour automatiser et pour brainstormer. C’est un peu niché, mais je sais que ça intéresse beaucoup de gens.

La semaine dernière, le Wall Street Journal écrivait que 2025 avait été l’année où l’infolettre avait atteint son paroxysme:

« Les consommateurs de médias recherchent de plus en plus des informations auprès de voix fiables en ligne. Les plateformes de newsletters voient d'importantes opportunités de croissance en adaptant les formats qu'elles proposent pour répondre à la demande croissante de contenu encore plus personnalisé. « Il y a une plus grande volonté de maîtriser son audience et sa diffusion », a déclaré Tyler Denk, PDG et co-fondateur de Beehiiv. »

Les médias s’organisent maintenant autour de personnalités et les personnalités deviennent des médias. Ce n’est pas toujours une bonne chose, mais c’est… une chose. C’est pour ça que je trouve important de « maîtriser mon audience ». Mon but avec cette infolettre était d’être moins dépendant des réseaux sociaux et de leurs propriétaires et je pense que c’est encore le meilleur véhicule pour le faire.

Je suis tombé sur un statut de l’humoriste Simon Trottier (j’avoue que je ne le connaissais pas auparavant) qui est un excellent exemple des méfaits des plateformes comme Facebook. Il revenait sur une publication qu’il avait faite quelques jours plus tôt, à propos de Guillaume Lemay-Thivierge.

Aujourd'hui, je vais concrètement vous montrer des chiffres qui sont la raison pourquoi les créateurs tolèrent vos commentaires aussi caves qu'haineux. (…) Les commentaires sont majoritairement des gens qui me disent que je suis un ostie de mouton et qui louangent la capacité qu'a Guillaume à se tenir debout. (…) Cette publication, grâce aux haters majoritairement, a été vu 642 000 fois et me rapporte 30$ américain. Je ne peux que remercier mes détracteurs. Pour vous donner un ratio, mes statuts réguliers qui n'attirent pas l'ire des frustrés se situent aux alentours de 20 000 vues et rapportent à peu près une piastre. On parle ici de chiffres qui proviennent d'une page de 9500 abonnés. Je vais faire les calculs pour les idiots qui commenteront. Parce qu'à voir votre écriture, je n'ai aucune confiance en vos capacités mathématiques. Pour une page de 200 000 abonnés, prends mon 30$ et multiplie le par 20. On commence à parler de 6-700 piastres américains PAR JOUR. Calculez maintenant avec des millions d'abonnés... Commencez-vous à comprendre que vous êtes la raison de l'enrichissement de ceux qui vous détestez ?

Je ne suis pas certain de toutes ces extrapolations de chiffres, mais quand même. Le rage bait est lucratif. Pas étonnant que plusieurs aient décidé d’en faire une carrière. Et pas étonnant que les gens soient de plus en plus en tabarnak.

On mange de la m… dans nos assiettes, mais aussi sur internet. Dans les deux cas, ça nous tue à petit feu.

Musique

Si j’avais découvert CMAT un peu plus tôt, je pense que j’aurais inclus cette pièce dans mes chansons de l’année.