Aujourd’hui, je vous parle du français de Michael Rousseau, de celui de Mark Carney et d’Avi Lewis, et du monde miroir où se réfugient les gens en passe de mourir socialement.
EN FRANÇAIS!!1!
Des fois j’ai l’impression qu’en 2026, on peut dire que le français est devenu une sorte de fonctionnalité optionnelle. Genre comme les sous-titres sur Netflix (pardon, sur tou.tv).
On l’a vu avec Michael Rousseau, un gars qui a travaillé très fort toute sa vie pour ne pas apprendre le français. Sa mère est francophone, sa femme est francophone, il a vécu 14 ans dans une ville francophone, mais il a résisté. Avec quelque chose comme 300 heures de cours de français (en tout cas, c’est ce qu’Air Canada a prétendu), c’est presque impossible qu’il ne soit pas capable de lire un texte en français. J’ai passé moins d’heures que ça sur la bolle de toilette à apprendre l’espagnol sur Duolingo, et si je serais incapable de converser en espagnol (j’ai déjà de la misère à converser en français), je serais assurément capable de lire un texte en espagnol et peut-être même de comprendre des questions en espagnol. Si la personne parle très lentement. Et articule beaucoup. Gracias.
M. Rousseau semble avoir appris deux mots en cinq ans, ce qui nous donne un rythme de 0,4 mots par années. Je vais devoir abandonner tout espoir qu’il s’abonne à cette infolettre.
Comme pour confirmer que le Québec a raison d’être en ciboulo, Elon Musk, le monsieur qui a généralement la mauvaise « take » (un mot que M. Rousseau va comprendre) sur pas mal tout, a trouvé que ça avait pas d’allure de capoter de même.

Il a même posé à Grok, une IA pas pire biaisée, une question pas pire biaisée sur le français au Canada.
« Liste les mandats de langue française au Canada et « comment cela est hypocrite par rapport à l'absence de lois sur le mandat de langue anglaise ». La longue réponse de Grok faisait référence à la loi 96 du Québec, qui exige le français dans des domaines allant des services gouvernementaux et des communications en milieu de travail à la signalisation, à l'éducation et aux contrats de consommation.
Rien de plus normal dans l’idiocratie xienne.
Pour écouter pas mal toutes les mêlées de presse dans les coulisses du Parlement, j’ai remarqué qu’on a beaucoup parlé du français du PDG d’Air Canada avec les ministres francophones, mais que les journalistes anglophones ne se sont pas bâdrés d’en jaser avec les ministres anglophones. Ottawa est souvent comme deux mondes parallèles.
Et y’a un monde qui est indifférent à l’autre, même si l’autre le picosse pas mal. Comme Montréal est indifférent de Québec et Québec est indifférent de Chicoutimi. Pascale Déry, qui est l’ancienne porte-parole de M. Rousseau l’a bien dit.
Ma réponse préférée reste celle de François Philippe Champagne qui a momentanément oublié s’il avait écrit à M. Rousseau en anglais ou en français.
Il est fin M. Champagne, mais il nous prend pour des nonos.
Même chose au sujet de l’absence de rédacteurs francophones des discours de Mark Carney. Ça ne semble pas préoccuper trop trop le premier ministre. Ça explique peut-être aussi pourquoi son français semble de moins en moins bon. Et pourquoi il y a à peine 17% de français dans ses allocutions. Et probablement que si on enlève les « bonjour » et les « merci », on tombe à 16%. Les ministres québécois ont été questionnés à ce sujet et ont tous dit qu’un moment donné, ça allait se régler c’t’affaire là.
Son bureau dit chercher un rédacteur francophone « depuis plusieurs semaines, sans succès ». Ils cherchent où? Sur Kijiji? Parce que me semble que quelqu'un capable d'écrire des phrases qui ne veulent pas dire grand-chose, c'est pas la denrée la plus rare au pays.
C’est drôle parce qu’en même temps, le Journal de Montréal nous révélait que François Philippe Champagne avait payé 14 000$ à une consultante pour participer à l’écriture du discours autour du budget.
Le ministère a des rédacteurs, mais on engage quand même quelqu’un pour faire leur travail. En plus, M. Champagne n’arrête pas de juste répéter qu’il veut bâtir le Canada du futur de l’avenir de demain. Ça prend pas la tête à Papineau pour écrire ça. Futur, demain, avenir, Canada, ajoutez des déterminants et mélangez.
Le texte d’environ 6000 mots (2,35 $ par mot) se voulait un vibrant plaidoyer en faveur d’une « action audacieuse et rapide » afin « d’essuyer la tempête de l’incertitude ».
2,35$ du mot. Le rédacteur du discours de Michael Rousseau aurait pu faire un gros 4,70$.
J’ai bien aimé le ton un peu malcommode du journaliste du Journal:
Pour les quelques rares personnes qui ne se souviendraient pas de ce moment historique, rappelons que le discours de M. Champagne a été un véritable phare dans la nuit pour la population canadienne d’un océan à l’autre.
Bref, on dépense de l’argent de façon douteuse pour mieux dire qu’on dépense l’argent des contribuables de la bonne façon.
Pourquoi ne pas engager cette consultante pour les discours de Mark Carney? Elle a de l’expérience maintenant.
Le meilleur, c'est qu'en parallèle de la contestation de la loi 21, Carney a cité la Bible dans un discours. Le Sermon sur la montagne. « La main gauche ne sait pas ce que fait la main droite. » Dans son cas, la main gauche ne sait pas ce que fait la main droite parce que la main droite parle juste anglais.
Par-dessus tout ça, le NPD a terminé sa course à la direction entre cinq candidats qui ne maîtrisent pas trop trop la langue d’Hélène Buzetti. C’est finalement le moins pire en français qui a gagné, c’est déjà ça. Dans son discours de victoire, Avi Lewis a bien lu les phrases en français sur son prompteur. Dans le genre, son français « lu » est semblable à celui de Carney je dirais. Pierre Poilievre reste le meilleur des chefs anglophones. Mais en période de questions, M. Lewis était moins solide.
Tout ça est un gros problème pour moi dont le travail est de taquiner les politiciens, parce que je dois me limiter à me moquer des phrases toutes croches de nos leaders politiques qui massacrent le français. Et chaque fois je me sens un peu mal de rire de quelqu’un qui essaie quand même de parler français.
L’affaire, c'est que personne ne fait exprès. Ce n'est pas de la malveillance. C'est pire que ça: c'est de l'indifférence structurelle.
Rousseau ne déteste pas le français. Il s'en fout. Carney ne méprise pas le Québec. Il n'y pense juste pas en premier. Le NPD ne refuse pas le français. Ça adonne juste pas.
Plogues
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Miroir miroir
Dans son infolettre cette semaine, Patrick Tanguay référait à cette entrevue entre Ezra Klein du New York Times et Naomi Klein, essayiste et accessoirement conjointe du nouveau chef du NPD susmentionné.
Patrick résume un segment de cette entrevue où il est question du monde miroir:
« Il y a certaines sections qui m'ont fait hocher la tête d'un accord plus vigoureux. Le monde miroir : lorsque les gens sont expulsés des institutions libérales, par la stigmatisation publique, par l'annulation, par le bouton muet, ils atterrissent dans un monde parallèle avec des plateformes répliquées, des publications répliquées, des récits répliqués. L'instinct libéral de bloquer et de fuir a fait que ces structures se sont développées en privé, invisibles aux personnes qui ont créé les conditions pour elles, jusqu'à ce qu'elles "explosent en domination" après l'élection américaine de 2024. Sa description du fascisme contemporain comme "une pathologie du pouvoir blessé" semble être tout à fait juste, littéralement. Il ne s'agit pas de personnes impuissantes en révolte. Ce sont des élites, des oligarques de la technologie, des milliardaires, des hommes exposés par #MeToo, qui ont subi les formes les plus légères de responsabilité et ont réagi comme s'ils étaient assiégés. »
En gros, ce monde miroir est rendu le monde tout court. C’est la fameuse fenêtre d’Overton qui est grande ouverte (je sais, c’est mêlant, c’est tu une fenêtre ou un miroir?). Du moins aux États-Unis, ça ressemble à ça. Ici, disons que notre monde miroir n’est pas assez vaste pour que ce genre d’individus y gagnent bien leur vie et aient une grande influence. En tout cas je crois.
J’ai un peu pensé à ça en voyant ce tweet en provenance de l’autre côté du miroir:

Frank le Dédômiseur reprochait donc à Mathieu Bock-Côté de dire que Maïté Blanchette-Vézina était opportuniste parce qu’elle quittait un parti en déroute et une circonscription où elle n’allait pas être réélue en reniant plusieurs de ses idées et promesses. Team Mathieu ici.
Mais selon Frank, passer au PCQ est signe de mort sociale. Il cite pour le démontrer les cas de Claire Samson et d’Anne Casabonne. Anne Casabonne a été mise de côté à cause de ses positions saucées sur les vaccins. Claire Samson, il me semble qu’au contraire, elle n’a jamais été aussi populaire qu’après son arrivée au PCQ. Elle a été invitée un peu partout et elle est même devenue une amie de La journée est encore jeune. C’est très prestigieux (même Monique Jérôme-Forget, qui s’y connaît en prestige, est une amie de l’émission).
Jacinthe-Ève Arel débarque dans la discussion: « eille, moi aussi j’ai été ostracisée! » Euh, personne ne connaissait Mme Arel avant qu’elle ne joigne le PCQ. Elle est devenue connue parce qu’elle s’y est présentée. C’est pour ça que plein d’émissions l’ont ajoutée à leur équipe: pour pouvoir dire qu’ils recevaient aussi des conservateurs. Encore aujourd’hui, elle participe régulièrement aux Débatteurs de Noovo, à des émissions de QUB et à BLVD FM. Elle doit vivre sa best life.
Être au PCQ est loin d’être synonyme de mort sociale. Sans doute que tu t’exposes à plus de critiques à cause de la nature ratoureuse du chef, mais il n’y a rien d’injuste là.
D’ailleurs, encore cette semaine, M. Duhaime qui n’arrête pas de dire sur toutes les tribunes qu’il ne fraye plus avec des gens louches, un « narratif » qu’ont bizarrement adopté les médias sans trop poser de question, était au direct de Samuel Grenier, un complotiste de calibre AAA. J’en ai un peu parlé à la radio parce que Duhaime semble penser qu’il faut dire « canapé » au lieu de « canopée », mais dans la même discussion, il expliquait qu’il voulait mettre de l’avant Mme Blanchette-Vézina pour être plus socialement acceptable.
On a l'impression qu'il développe ses stratégies live, avec ce monsieur.
C'est drôle qu'il dise vouloir ne pas changer son discours. Parce qu'il le change en maudit son discours. C’est d’ailleurs fascinant de voir les changements de ton et de langage qu’il adopte entre ses participations à ce genre de balado, à Radio X, à Cogeco ou à Radio-Canada. Un caméléon.
Musique
Joyce Manor: une autre toune qui me reste dans la tête…