La panique morale, l'illusion du Concorde et les pubs de Stéphane Le Bouyonnec

La panique morale, l'illusion du Concorde et les pubs de Stéphane Le Bouyonnec

Bienvenue sur Tourniquet, l’infolettre d’Olivier Niquet sur la bêtise médiatique et politicienne, l’urbanisme et l’électricité (en tout cas, pour cette édition-ci).

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Substack

Temps des fêtes assez tranquille (et satisfaisant) pour moi. J’ai terminé l’excellent Seveneves de Neal Stephenson, j’ai construit un Lego du Rover Perseverance et je me suis fait planter en ligne à Forza Motorsport par des ados japonais (probablement). Ma plus grande fierté reste quand même les poitrines de dinde sous vide que j’ai faites pour le jour de l’an.

J’ai aussi gossé pas mal sur cette infolettre. Je disais que j’avais trouvé une alternative attrayante à Substack suite aux récentes déclarations des responsables de la plateforme qui ont décidé d’accepter n’importe qui. Par contre, je crois que je vais attendre un peu avant de procéder au déménagement. D’abord, parce que Substack reste la plateforme la plus simple et efficace. Ensuite parce que rien ne dit que ses alternatives n’abritent pas elles aussi des personnes louches. Enfin parce que j’ai espoir que les dirigeants de Substack reculent. Certains auteurs influents, comme Casey Newton et Margaret Atwood leur font de la pression:

Non, Substack : […] Vous ne pouvez pas avoir à la fois les conditions d’utilisation que vous avez énoncées et un tas d’éditeurs individuels qui violent ces conditions. Il faut choisir entre l’un ou l’autre, et se cacher sous le canapé en faisant semblant que cela n’existe pas ne fera pas disparaître votre dilemme. De même, un discours louable sur la liberté d’expression ne suffira pas, surtout lorsque vous avez vous-mêmes clairement indiqué que tout n’est pas permis, y compris les menaces de « violence » et de « dommages physiques » envers les « classes protégées ».

Cela dit, mon alternative est toute prête et il me suffira de quelques clics et un appel au Clan Panneton pour transférer mes pénates.

Allan Bloom

Il m’arrive à l’occasion de lire Christian Rioux dans Le Devoir pour voir quelles sont les dernières tendances chez les réactionnaires français. Cette semaine, je me suis rendu assez loin dans sa diatribe paranoïaque pour tomber sur ce paragraphe:

Ces circonvolutions linguistiques ne sont pas que de simples tics de langage. Elles participent de cette rectitude politique que certains, comme l’écrivain Allan Bloom, identifièrent dès les années 1980. Cette mauvaise conscience des élites protestantes américaines est devenue depuis une véritable maladie dégénérative qui atteint tout particulièrement la langue.

Bel adon parce que j’ai commencé à lire le livre de Francis Dupuis-Déri, « Panique à l’université » où il est justement question de ce M. Bloom que je ne connaissais pas auparavant. Cet auteur semble en effet être le prototype du polémiste qui monte des anecdotes en épingle pour en tirer des conclusions douteuses. Son livre aurait eu une grande influence sur nos chevaliers de l’apocalypse, même s’il a été démontré que sa dénonciation de la rectitude politique dans les universités n’était pas basée sur des données empiriques. Les influenceurs conservateurs continuent de s’en inspirer.

Ils provoquent et stimulent les troubles sur les campus en lançant à répétition des polémiques à propos de la « liberté académique », qui serait menacée par les féministes et les antiracistes. Leur suffit alors une anecdote, voire une simple rumeur, à propos de ce qui serait survenu dans une salle de cours d’une seule université. Des situations complexes sont simplifiées jusqu’à devenir unidimensionnelles, réduites jusqu’à ne représenter qu’une même terrible menace.

Depuis peu, nous avons remplacé la rectitude politique par le wokisme. Chaque époque a son épouvantail. C’est une façon très efficace de faire parler de soi pour les réactionnaires dont la portée est décuplée par les réseaux sociaux. La première citation en exergue du livre de Dupuis-Déri est éloquente:

Vous n’avez qu’à dire au public que ses enfants sont endoctrinés de force par des multiculturalistes déconstructionnistes fascistes communistes féministes, et vous tenez entre les mains un vrai best-seller - et un argument auquel même les non-spécialistes auront accès.
- Michael BÉRUBÉ, Higher Education Under Fire

Il y a quelque chose de jouissif pour moi de lire « Panique à l’université ». C’est comme si tout ce que je soupçonnais à propos de ces agitateurs était confirmé. Il y est entre autres question des contradictions de Mathieu Bock-Côté que j’ai maintes fois abordées dans mes chroniques. Celui qui réclame qu’on cesse de donner des étiquettes aux gens, qui invite à la mesure dans les propos, est l’un des plus prompts à utiliser des analogies totalitaires.

Encore dernièrement, après avoir vanté un idéal intellectuel qui ne sombrait pas dans l’insulte de ruelle, il traitait un commentateur de con, tel que noté par Simon Jodoin.

Je ne suis rendu qu’à la moitié de « Panique à l’université », mais le livre me fait réaliser qu’il faudrait plus de journalistes qui déconstruisent les discours ambiants dans les médias pour faire contrepoids à ces réactionnaires qui pensent que c’était mieux dans l’temps. Malheureusement, il est si facile de surfer sur des impressions et plutôt long de faire des recherches empiriques. Peut-être aussi qu’il faudrait rappeler plus souvent aux gens (aux chroniqueurs) leurs biais. Ce très bon texte de La Presse est éclairant au sujet de ceux qui s’inquiètent du monde d’aujourd’hui:

« Nous avons donc commencé à étudier la question, et c’est la première chose que nous avons trouvée : les gens sont particulièrement critiques des jeunes d’aujourd’hui à propos de choses dans lesquelles ils excellent eux-mêmes. Ainsi, si vous étiez un enfant très intelligent, vous avez tendance à penser que les enfants d’aujourd’hui sont moins intelligents. Mais si vous étiez plutôt dans la moyenne, vous ne pensez pas que les jeunes d’aujourd’hui sont si bêtes. » Et c’est le cas pour bien des comparaisons. Les passionnés de lecture trouvent que les jeunes lisent moins, et ceux qui ont un grand respect de l’autorité estiment que les jeunes d’aujourd’hui sont particulièrement égoïstes et malpolis. »

Pas étonnant donc qu’un conservateur trouve que les jeunes soient trop progressistes.

Balados recommandés

J’ai eu du temps pour écouter des balados intelligents dans le temps des fêtes.

Bonne écoute!

L’illusion du concorde

J’aime noter des concepts imagés. J’en ai une petite collection. Je peux maintenant ajouter « l’illusion du Concorde » (traduction libre), que j’ai trouvée dans ce texte du Devoir:

« En économie et en politique publique, un biais important qui conduit souvent à la prise de mauvaises décisions est celui des coûts irrécupérables. Ce raisonnement consiste à poursuivre un projet, même si les coûts excèdent les bénéfices, car les investissements déjà consacrés en argent, en temps ou en efforts sont trop grands. En d’autres termes, cela consiste à dire « je ne peux pas arrêter ce projet parce qu’il m’a déjà coûté cher ». En anglais, on le désigne parfois sous le nom de Concorde fallacy en référence au Concorde, le défunt avion supersonique qui est un exemple célèbre de ce phénomène. Les gouvernements britanniques et français se sont obstinés pendant 27 ans à injecter des sommes colossales dans le projet, alors qu’avant même son premier vol inaugural, les coûts étaient intenables. »

Ceci dit, je ne suis pas tout à fait d’accord avec l’auteur. Des fois, il faut aller au-delà des coûts.

Plogues

Poilievre et l’électricité

Pierre Poilievre ne semble pas trop s’y connaître en électricité.

On savait qu’il aimait faire appel aux « soudeurs de Saguenay » (il a encore sorti cette ligne à Infoman), mais là, il risque de perdre sa clientèle d’électriciens.

Mais c’est peut-être juste de la poésie, une image.

Joe Rogan

Joe Rogan, l’un des podcasteurs les plus populaires au monde est aussi l’un des plus malhonnêtes, visiblement. Ce petit montage montre comment il s’est trompé quant à l’origine d’une citation de Biden et comment son discours a changé lorsqu’il a réalisé que c’en était une de Trump.

Le gars n’est pas reconnu pour sa rigueur et il induit des tas de gens en erreur.

Les idiots MAGA

Y’a rien qui me fait plus rire que des mottés qui découvrent que les bands sur lesquels ils tripent dénoncent tout ce qu’eux aiment. Ici, Jeff Fillion qui comprends que le « american idiot » de Greenday, c’est un peu lui.

Sûrement aussi un fan de Rage Against the Machine…

Stéphane Le Bouyonnec

L’ancien élu et ex-président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec a été dernièrement blanchi par la secrétaire générale associée aux emplois supérieurs:

Soupçonné de maintenir des liens avec une entreprise de prêts usuraires, le sous-ministre Stéphane Le Bouyonnec est finalement blanchi par la secrétaire générale associée aux emplois supérieurs. Brigitte Pelletier conclut que l’ancien élu de la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a pas d’intérêts dans Finabanx depuis 2019; elle considère « le dossier clos ».

On m’a toutefois fait remarquer que l’an passé, il faisait des pubs de char à BPM Sports:

Bref, le monsieur a tendance à cumuler plusieurs emplois.

La science des sondages

Au sujet de la grève des enseignants, François Lambert a fait un sondage sur X parce qu’il était sceptique des sondages de Léger.

J’ai comme l’impression que M. Lambert ne comprend pas la science des sondages…

PWHL

Content de voir que la nouvelle ligue de hockey féminin obtienne de la visibilité, même si pour moi, il n’y a rien de mieux que Canadien. N’empêche, elles devraient peut-être adapter l’infographie sur leur chaîne YouTube.

« Avantage de deux femmes » serait plus logique…

Musique

Trouvé parmi les palmarès des meilleures chansons de 2023: Mannequin Pussy - I Got Heaven. Y’a des airs de Hole, ça me plaît.

Citations

🗞️ Christian Rioux, à la défense de Gérard Depardieu

Le véritable scandale est d’abord dans le voyeurisme répugnant et l’effet de meute abject et totalitaire dont il est l’objet.Car, n’en déplaise à nos nouvelles tricoteuses, dans une société démocratique et libérale, même le plus odieux des criminels a droit au respect de sa vie privée et devrait être protégé du lynchage qui consiste à le « canceller », bref, à administrer la sentence avant que l’ombre d’un procès n’ait eu lieu.