Aujourd’hui, je vous parle de classisme, d’IA (encore, désolé), et d’intolérance.

Je vous rappelle qu’il reste encore environ une semaine à mon rabais sur l’abonnement à cette infolettre. Je vous gosserai pas plus longtemps avec ça, les détails sont ici.

En passant, on me dit qu’il arrive que mon infolettre s’en aille dans votre spam. Vous pouvez ajouter mon adresse à votre carnet de contact pour être sûr que ça ne se produit pas. Pour ceux qui reçoivent cet avertissement dans leurs pourriels, je vous dirais bien que je suis désolé, mais ça ne sert à rien puisque je suis dans vos pourriels.

Classisme

L’autre jour, j’ai parlé à la radio de l’élection partielle dans Chicoutimi - Le Fjord et j’ai passé quelques clips du candidat libéral (qui a finalement remporté l’élection), Daniel Gobeil, dont celle-ci.

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Daniel Gobeil - KYK
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« M. Carney, bien, c'est un match d'échecs, là, avec M. Trump, en ce moment. C'est une négociation qui est difficile. Vous le voyez, là, il y en a qui ont fait deux semaines de campagne sur cette négo là. Puis, moi, je commenterai pas tant que c'est pas terminé mercredi soir. Mais, clairement, il y en a qui jouzent aux échecs, puis il y en a qui jouzent à pige dans le lac.»

Je trouvais d’abord comique cette analogie. Généralement, les gens (genre Martin St-Louis) parlent de jouer aux échecs vs jouer aux dames. Pige dans le lac, c’est une coche au-dessus. Mais le fait que M. Gobeil dise « jouze » est aussi un peu drôle, on va se le dire. Je n’avais pas l’intention de le souligner. C’était un p’tit bonus.

Ce taquin de Jean-Philippe a toutefois cru bon répéter « jouze » et quelques heures plus tard, nous avons reçu un courriel disant que c’était du classisme. Je sais, ce n’est qu’un courriel. La vaste majorité des gens a pris ça pour ce que c’est: une erreur cocasse.

Le classisme est « une discrimination fondée sur l'appartenance ou la non-appartenance à une classe sociale, souvent basée sur des critères économiques », me dit Wikipédia. Il me dit aussi que « Les « classistes », qui assument leur appartenance à une classe sociale, cherchent à légitimer leurs propres avantages ainsi que les préjudices subis par ceux qui ne font pas partie de la même classe ».

Comme bien des choses que je fais, c’était pour le LOL. Les erreurs de langage et les lapsus, je trouve ça comique. Ça ne veut pas dire que je trouve la personne qui se trompe épaisse. L’intelligence n’est pas liée au niveau de langage. Il y a bien des tatas qui perlent magnifiquement. Non, je ne nommerai personne. Je comprends quand même que ça peut être interprété comme du mépris par la personne qui subit le commentaire. Dans son livre, mon ami transfuge Jean-Philippe Pleau se remémore d’ailleurs un moment donné où dans un enregistrement du Sportnographe, nous avions été surpris de sa prononciation du mot Bahreïn. Évidemment, je ne me souviens pas une maudite seconde de ça, mais lui, ça l’a marqué.

J’écris « ça l’a marqué » et ça me fait penser que les gens qui disent « ça l’a » et « quand qu’on », ça me fâche un peu. Est-ce que c’est classiste?

En tout cas, cette accusation de classisme m’a quand même fait me demander où était la ligne entre vouloir faire rire, vouloir dénoncer la mauvaise qualité de la langue, et mépriser une personne qui vient peut-être d’un milieu moins éduqué. Tout est dans la personne qui reçoit la « critique », j’imagine. Sachez en tout cas que je ne suis jamais mal intentionné.

Par exemple, quand les manifestants anti pistes cyclables près de chez moi font des pancartes comme ça:

Ou quand le PCQ fait des lutrins comme ceux-là:

Ben ça me fait rire. Désolé.

Quand j’étais petit (il y a quinze ans, mettons), je répondais à certains quidams qui m’insultaient en questionnaient leur façon d’écrire. Je ne fais plus ça. Je me concentre sur les gens qui ont une influence dans l’espace public. Faut dire que ceux qui sont abonnés à mon infolettre quotidienne constatent sans doute que je fais au moins une faute par jour...

Mais bref, la ligne est mince.

IA des choses à dire

Grosse semaine dans le monde de l’IA avec cette histoire d’employé d’Anthropic qui nous prédit la fin du monde. Je vous ai déjà dit que ma relation avec l’IA était ambigu. Je trippe sur ce que je peux en faire et je ne trippe pas pantoute sur ce que ça peut devenir.

Cette semaine, j’ai « programmé » une application qui remplace l’éditeur de montage audio et vidéo que j’utilisais avant. Ça fait des années que j’essaie des logiciels de montage qui ne font pas mon affaire, qui ont toujours quelques petits défauts. Là, en quelques commandes et en moins d’une heure, Claude et moi avons confectionné une application qui répond à tous mes besoins. Ça ressemble à ça:

C’est sûrement mal chié comme programmation, mais ça fonctionne. Je pense sincèrement que ça va avoir un impact sur le monde du travail. Sur le monde de la recherche aussi.

Ça aura sans doute bien des impacts sur la société. Mais pas nécessairement ceux que l’on pense. Et je ne parle même pas des impacts sur l’environnement pour lesquels, tel un automobiliste qui veut continuer de rouler pour pas cher, je fais de l’aveuglement volontaire. D’ailleurs, nouvelle assez freakante à ce sujet:

« Les entreprises de PFAS lancent une « vague déferlante » de production de polluants éternels pour répondre à la demande de l'industrie de l'IA, a averti une organisation de campagne. Malgré l'inquiétude suscitée par ces substances chimiques, qui ont été liées au cancer, une étude menée auprès des 10 plus grands fabricants a révélé que la plupart d'entre eux prévoyaient d'augmenter leur production. »

Su-per.

Donc, je change d’opinion sur l’IA à peu près toutes les semaines. J’ai de la misère à me suivre moi-même.

J’ai quand même une base en informatique. J’ai étudié un an là-dedans à l’université. Mais l'IA, c'est un autre monde, c’est compliqué à comprendre. Pour la plupart du monde, moi inclusivement, c’est comme une boîte magique. On sait pas ce qu'il y a dedans. Mais c’est une boîte qui donne des résultats. C'est pas difficile de penser que ça pourrait faire des choses incroyables et/ou terribles.

Comme le dit Jean-Philippe Décarie-Mathieu, les journalistes tombent facilement dans le panneau des milliardaires de l’IA parce qu’ils n’ont pas de rudiments en informatique, en plus que c’est vraiment plus sensationnaliste que de parler de PFAS dans les semiconducteurs.

« Je dirai ceci : CALVAIRE que j’en ai assez de cet aplaventrisme des médias institutionnels face aux éructions loufoques des Anthropic et OpenAI de ce monde. Même après tout ce qu’on sait sur ce milieu délétère et de ses dirigeants sociopathes, les grands médias se sont garrochés la semaine dernière pour alimenter la PID (Peur, Incertitude et Doute, ma traduction du classique FUD / Fear, Uncertainty and Doubt). On dirait qu’on a fait zéro progrès côté réflexes de questionnement de la bullshit qui sort de la côte ouest depuis 2023. »

Bon, il a un style un peu malcommode, mais je vous invite à lire son texte. Il n’est pas le seul à dénoncer ces stratégies de fin du monde qui permettent à ses entreprises d’exagérer leur puissance pour aller chercher des investissements et de l’influence. C’est facile de manipuler les gens quand les gens ne comprennent pas comment ça marche. Des amis me disaient cette semaine que ça sonnait un peu complotiste tout ça. Peut-être. Mais ce n’est pas basé sur du vent ou sur un forum de 4Chan.

Dans un autre texte assez intéressant, Dave Karpf nous parle du mouvement rationaliste, que je ne connaissais pas.

Selon Wikipedia:

Ses membres cherchent à utiliser les enseignements de divers domaines académiques (tels que l'épistémologie, la théorie des probabilités et la psychologie) et la conscience des biais cognitifs pour atteindre à la fois la rationalité épistémique (parvenir à des croyances vraies sur le monde) et la rationalité instrumentale (agir de manière à atteindre ses objectifs). Les communautés qui se recoupent fortement comprennent l'altruisme efficace, le transhumanisme et la sécurité de l'IA (plus précisément l'atténuation du risque d'extinction par l'IA).

C’est... complexe.

J’en ai parlé brièvement dans Olivier Niquet en jaquette et un auditeur qui semble s’y connaître m’a dit que le mouvement rationaliste part d’un certain Eliezer Yudkowsky qui a promu ses idées à travers de la fan fiction d’Harry Potter, « Harry Potter and the Methods of Rationality » qui fait 660 000 mots. J’ai compris que si je m’aventurais là-dedans, j’allais tomber dans un trou de lapin, alors je n’ai pas encore exploré le dossier en profondeur.

Mais ces rationalistes veulent faire de l’argent pour ensuite présumément aider l’humanité. Dave Karpf dit:

Le discours de Sam Altman selon lequel « ma technologie est si puissante qu'elle pourrait mettre fin au monde » est un très bon argument de vente. (...) Une chose importante à comprendre sur ces fanatiques rationalistes est qu’ils croient fondamentalement être plus doués et talentueux que tout le monde. Ce sont des gens qui ont formé une communauté en ligne autour d'élaboration d'arguments complexes pour améliorer leur capacité à penser clairement et à découvrir des vérités importantes. Ils ont construit toute leur identité autour de leur rationalité exceptionnelle. Leurs carrières, leurs fortunes personnelles et leurs attachements romantiques passent par cette communauté.

Bref, tout un monde très complexe et moi-même qui m’intéresse beaucoup à ça, j’ai de la difficulté à trier le bon grain de l’ivraie. La voie facile pour un média est de tout prendre pour du cash et opter pour attirer des clics avec des histoires de fin du monde...

La folie des tech bros de l’IA vient de loin en passant. Le documentaire Ghost in the machine est éclairant à ce sujet:

D’ailleurs, dans la trilogie de Carl Bessette sur l’histoire de l’internet, il est question d’un chercheur, William Shockley, qui a été au centre de l’invention des semi-conducteurs, mais qui est un méchant saucé.

Les parcs de Québec

C’tu moi, où...?

Les commentaires sont évidemment terribles.

Musique

Le refrain de cette pièce des Linda Lindas me reste en tête: