Gros bon sens: une logique maigre comme un mort en vacances

Gros bon sens: une logique maigre comme un mort en vacances

Bienvenue sur Tourniquet, l’infolettre d’Olivier Niquet sur la bêtise médiatique et politicienne, l’urbanisme et le patinage de vitesse (en tout cas, pour cette fois-ci).

Pour rejoindre les quelque 11 000 autres abonnés, suffit d’inscrire votre adresse (c’est gratuit):

Passer deux fois devant le soleil pour lui faire de l’ombre

Je ne sais pas si vous avez déjà écouté le balado d’histoire « Concordance des temps » de France Culture, mais je l’aime bien lorsque les sujets ne sont pas trop pointus. La semaine dernière, on y discutait de langue et d’étymologie. Je suis toujours curieux de connaître l’origine des mots et cet épisode avec le linguiste Bernard Cerquiglini m’a passionné jusqu’au moment où il a été question du Québec.

L’animateur Jean-Noël Jeanneney a cité quelques bouts du livre de M. Cerquiglini où il était question d’expressions québécoises. Voici ce que ça donne:

- Écrire comme un pharmacien au Québec, ça veut dire avoir une écriture illisible. « Devoir passer deux fois devant le soleil pour faire de l’ombre », ça veut dire être d’une grande minceur ou être très maigre.
- Les expressions québécoises sont merveilleuses: « être maigre comme un mort en vacances ».
- Être vite sur ses patins. Alors il faut voir la vitalité du français québécois. Je crois qu’elle tient aussi, alors elle tient à la volonté de se défendre, 3 millions de francophones face à des millions d’anglophones.

J’en ai la pelote à terre! C’tu juste moi qui n’ai jamais entendu ces expressions, à part « être vite sur ses patins »? Les expressions de minceurs ne sont même pas trouvables sur Google. On dirait qu’il a inventé ça. Bon, d’accord, il y a bien « écrire comme un médecin » que j’aurais accepté, mais je ne sais pas ce que les pharmaciens viennent faire là-dedans. Ce sont plutôt eux qui doivent se taper l’écriture des médecins. De surcroît, le gars dit qu’il y trois millions de francophones au Québec alors qu’il y en a plus de six millions.

Vous pouvez écouter le bout sur le Québec ici:

Chaque fois que je tombe sur des choses comme ça, ça me donne l’impression que tout le reste n’est plus fiable. S’il dit n’importe quoi sur le Québec, dans un livre qui a été révisé en plus, comment être sûr que ce qu’il dit sur le Liban ou le Sénégal est vrai? Mon monde s’écroule.

Voyeurs de vues

Parlant de balados, j’ai participé à celui des Voyeurs de vues la semaine dernière. J’en ai déjà parlé ici, j’aime bien les écouter même si je ne comprends pas le tiers de leurs références. J’aime écouter des geeks de quelque chose parler de leur passion dudit quelque chose.

Alex et Yannick m’avaient mandaté pour regarder le film Lady Ballers. Si vous n’avez jamais entendu parler de cette comédie, c’est qu’elle est sortie en marge des circuits habituels. Même Guzzo ne l’a pas présentée. C’est qu’elle a été produite par le Daily Wire, ce média d’extrême droite aux États-Unis. Si vous suivez un peu les folies des médias populistes américains, vous avez peut-être vu passer les faces de Ben Shapiro, Matt Walsh ou Candace Owens. Ils sont les plus saucés des polémistes américains et c’est un peu leur modèle que tentent de reproduire ici des sites comme Libre Média ou Radio Pirate et des médias de la frange comme Radio X ou Rebel News.

Puisque Hollywood ne laisse tellement plus de place à l’homme blanc, ils ont décidé de faire leur propre comédie transphobe et misogyne pour casser du woke. On nous offre donc une série de clichés parmi les moins subtils que l’on puisse imaginer et des blagues qui ne lèvent pas une maudite seconde. En plus, ce sont les protagonistes de Daily Wire qui jouent dans le film, parce que trouver de vrais comédiens pour un film si mauvais était impossible.

C’est un peu comme si Richard Martineau, Joseph Facal et Guy Nantel produisaient un film anti-woke et jouaient dedans. Sortez le pop corn. Je ne vous en parle pas plus longtemps, parce qu’on en parle pendant 45 minutes dans le balado.

Contact

Parlant de cinéma, j’ai été un peu surpris de lire le texte de Marc Cassivi sur Denys Arcand. J’avais vu passer sur les réseaux sociaux un extrait du balado de Stéphan Bureau où le réalisateur racontait qu’il avait donné un cours à l’université et que les étudiants avaient voulu le sacrer dehors parce qu’il leur avait demandé de lire un livre. J’avais surtout vu beaucoup de gens en commentaire se plaindre des jeunes de nos jours.

Sauf qu’Arcand parlait des jeunes de 1970.

« Même si l’extrait de l’émission balado n’est pas clair à ce sujet, la « jeunesse d’aujourd’hui » à laquelle fait référence Stéphan Bureau n’est pas la même que celle de l’anecdote de Denys Arcand. Les étudiants auxquels Arcand fait référence sont ceux de la génération de Jeunesse d’aujourd’hui, la populaire émission de Télé-Métropole. Dans l’entrevue de plus d’une heure, une trentaine de secondes avant le début de l’extrait qui circule depuis décembre, Arcand précise que le cours de scénarisation dont il parle a été donné à l’UQAM… en 1973. »

Assez trompeur comme extrait. L’édimestre de Contact est malcommode.

En passant, j’étais avec Stéphan Bureau à On va se le dire la semaine dernière. J’en parle un peu dans ce billet réservé aux abonnés payants. M. Bureau est un gars très sympathique et plutôt comique. Cela dit, j’ai un peu pensé à lui en écoutant la saison 3 de l’excellente série Dérives d’Olivier Bernard sur Ohdio où il est question de gens très intelligents qui ont un esprit de contradiction un peu trop intense.

Plogues

Loblaws

Mon travail dans la vie est de suivre ce qui se dit dans les médias et en politique. Ça fait que je regarde beaucoup de points de presse de politiciens et je dois avouer que ça commence à être un peu redondant, surtout au fédéral. Justin Trudeau ne fait rien d’autre que dire qu’il « s’assure de continuer à travailler » et Pierre Poilievre plogue le « gros bon sens » aux trois mots. Cette semaine, il était avec son lieutenant québécois du gros bon sens qui s’occupe de l’équipe gros bon sens pour présenter son approche de gros bon sens dans le cadre du plan de gros bon sens. C’est lourd.

Dans Le Devoir, il en était justement question.

« La logique du « gros bon sens » implique que chacun possède en soi les clés pour agir convenablement dans une situation donnée sans avoir recours à une personne plus expérimentée ou plus instruite sur le sujet. Pourtant, la remarque de Descartes nous rappelle que le bon sens dicte une conduite différente selon l’individu et qu’il existe un nombre incalculable de solutions du « gros bon sens » qui ne s’accordent pas entre elles.

C’est bien commode, le gros bon sens, mais un moment donné, le gros bon sens serait de ne pas en abuser. D’ailleurs, on en parle pas beaucoup au Québec, mais le gros bon sens serait aussi de ne pas d’un côté critiquer le gouvernement parce que l’épicerie coûte cher et de l’autre, faire du lobbying pour Loblaw comme la principale conseillère de M. Poilievre.

La météo

Bel exemple de désinformation ici venant de Yannick Marceau de BLVD FM.

Quand tu publies les mêmes contenus que Mel Goyer et que X doit spécifier que c’est faux, ce n’est pas très bon signe.

Ce gars-là enseigne dans une école de médias, en passant.

Le hockey, c’est pas si pire

Bon texte de Hugo Meunier sur le hockey mineur. J’ai déjà vanté les mérites du hockey mineur dans La Presse, mais des fois, il faut dire que c’est pas jojo.

Assis sur un banc en retrait, Ève, ma voisine d’estrade de tout à l’heure, m’explique les raisons qui la poussent à vouloir changer son fils de neuf ans d’équipe. Il y a la situation géographique, mais ce n’est pas la principale. « Une des raisons, c’est la toxicité des parents qu’on a depuis trois ans. Ça s’exprime en intimidation, en chialage contre les coachs sur le temps de glace et en commentaires plates de toutes sortes envers la gérante », raconte cette maman excédée, qui a toutefois vu sa requête être refusée par le président de l’association.

C’est toujours quelques jambons qui font une réputation de bouette au sport, malheureusement.

Patin de vitesse

Parlant de sports, l’issue de cette compétition est assez surprenante. Disons que la gagnante est vite sur ses patins (c’est une expression québécoise):

@schmittlyBold move snags womens soeed skater Yang Jingru gold and creates the most wonderful chaos in the mix #olympics #speedskating #goldmedal #brave #bold #sportstiktok

Tiktok failed to load.

Enable 3rd party cookies or use another browser

Audacieux.

Musique

Du nouveau Corridor:

Citations

🔈 François Legault, shit

One thing I cannot accept is that we put in question my integrity. Shit.

🔈 Cyprien Lacroix, qui nie avec plus ou moins de conviction

Je nie catégoriquement les allégations rendues publiques. Jamais à ma connaissance, je n’ai posé de gestes inappropriés envers qui que ce soit.

🔈 Luc Ferrandez, déconcentré

– Clairement au cœur de l’actualité parlementaire et politique.
– Je regardais une avalanche à la télévision pour vous dire franchement, puis je n’ai pas compris le premier projet de loi. Le deuxième, c’est le PL 48, puis le premier c’est quoi?
– Non, le premier c’est le projet de loi 48 sur la sécurité routière.
– Ok, parfait. Merci beaucoup Etienne Grandmont.
– Merci à vous, au revoir.
– Je disais que j’ai regardé une avalanche, c’est vrai, c’était une avalanche extraordinairement puissante.

🔈 Gérard Deltell, qui veut protéger les bagels

J’imagine que comme moi, vous adorez manger des bagels. Des bagels qui sont cuits au bois. D’ailleurs, ici à Ottawa, on les fait cuire au bois. Mais attention, le gouvernement libéral veut faire le registre de tous les bagels et les pizzas qui sont cuites au bois parce qu’ils disent que c’est polluant. C’est pourquoi nous, les conservateurs, on va se battre pour faire sûr et certain que les libéraux ne vont pas de l’avant avec cette idée stupide de faire un registre et d’empêcher surtout les bagels et les pizzas.

🔈 Luc Berthold, géographe

Le premier ministre, pendant son voyage d’une semaine dans les Jamaïques, de 84 000 $, a sûrement pas visité une banque alimentaire parce qu’il aurait vu combien de Canadiens sont dans les banques alimentaires et qui n’ont plus moyen de se nourrir. Est-ce que le premier ministre va, oui ou non, couper dans les taxes et les impôts pour permettre aux familles de pas couper dans leur nourriture?

🔈 Justin Trudeau, clair et net

C’est une question qui se pose, avec plusieurs autres questions difficiles qui sont en train d’être examinées, débattues. Oui, on va continuer de considérer des directives avancées, on va continuer de regarder comme on peut s’assurer que les gens ont les choix et les libertés qui sont importants pour eux tout en s’assurant qu’on est en train de protéger ces gens-là et toutes les gens, d’être vulnérables à des situations imprévues ou négatives.

🔈 Yves-François Blanchet, à propos des chihuahuas du NPD

– Est-ce que vous croyez qu’on pourrait se rendre en élection avant la fin de leur entente?
– Des fois, quand je pars courir le matin pour essayer de me tenir en forme, derrière la vitre ben ben solide du voisin, il y a un chihuahua qui jappe. Je ne ralentis pas pour ça. Je n’accélère pas pour ça, c’est un chihuahua qui jappe. Le NPD a pas d’argent dans le compte, ils sont pas en mesure d’aller en élection demain matin.