Aujourd’hui, je vous parle d’une nouvelle étape dans ma vie de chroniqueur, du « contexte économique actuel » et des politiciens qui agissent comme des nonos sur X.
Perdu dans malle
Un petit mot d’abord pour vous dire que j’ai découvert il y a quelques jours que je ne recevais pas vos courriels lorsque vous répondiez à cette infolettre. Je ne sais pas trop ça fait combien de temps. Je ne sais pas trop combien de vos messages j’ai manqué. Câlibine. J’espère que je n’ai pas manqué une occasion de recevoir l’héritage d’un prince nigérien. En tout cas, c’est maintenant réglé.
Ceci dit, depuis quelques mois, j’ai dû mettre fin à ma politique de service à la clientèle « je réponds à tout le monde ». C’est juste trop de job. Avant, je répondais toujours au moins un « Haha merci » (ben, juste si c’était drôle), ou un émoji cocasse, aux messages privés sur Instagram ou Facebook. J’ai arrêté ça. Ça me désole, mais c’est trop chronophage. Ça n’empêche pas que je lis tous mes messages et que la meilleure façon de me rejoindre est le courriel.
J’ai l’impression que je suis passé dans une nouvelle catégorie de chroniqueur. Le chroniqueur qui lâche prise. Je sais pas si c’est une promotion, mais c’est ça. Un moment donné, c’est juste trop demander que de répondre à tous. La prochaine catégorie, c’est de ne plus lire les messages et les commentaires. Je ne pense pas me rendre à ne plus lire les messages. J’adore quand vous m’écrivez, c’est souvent pertinent et enrichissant.
Pour les commentaires, c’est une autre histoire. Passer du temps à lire des amateurs de guns être pas contents contre moi, ce n’est pas si le fun. Ou lire les gens qui me traitent de gai. Étrangement, depuis quelques mois, la parole homophobe est libérée. Me semble que ça ne m’arrivait pas, avant. Soit le monde change, soit j’ai l’air un peu plus amateur de comédies musicales qu’à l’époque. Mystère.
J’essaie de lire les commentaires sous mes publications pour assainir l’espace public. S’il y a des trucs violents, j’efface. Je ne veux pas être un vecteur pour les gens agressifs, que ce soit ceux qui sont d’accord avec moi, ou les autres. Mais un moment donné, c’est lourd. Je ne veux pas devenir le chroniqueur qui se crisse de ce qui se passe sous ses publications. Qui lâche une bombe, pis arrangez-vous avec ça. Mais sans aide pour la modération, c’est bien difficile. Je pourrais aussi simplement arrêter de publier sur les réseaux sociaux. Mais je carbure aux likes, ce serait un trop gros sevrage (non pour vrai, c’est là que le monde est, alors je n’ai pas trop le choix). Ça m’arrangerait si vous restiez polis dans vos commentaires. Merci de votre précieuse collaboration.
Plogues
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La hiérarchie des valeurs et le contexte économique actuel
Il m’arrive parfois en écoutant ce qui se dit dans les médias de m’imaginer ce que peut être la hiérarchie des valeurs des intervenants. Ça me fascine toujours de voir comment les gens justifient leur appui aux causes auxquelles ils donnent préséance.
En ce moment, on a plein de gens qui nous disaient être contre la guerre et qui appuyaient Trump parce qu’il prônait la paix (après tout, le gars a gagné le trophée de la paix de la FIFA), mais qui appuient l’attaque contre l’Iran parce qu’elle est noble. La paix est moins importante que de terrasser une théocratie qui opprime les femmes (je dis pas que je ne suis pas d’accord). Étrangement, certaines de ces personnes sont les mêmes qui ici trouvent les féministes trop radicales.
Ces personnes deviennent très féministes lorsqu’il est question de voile islamique, mais beaucoup moins lorsqu’il est question de réserver des places aux femmes au travail ou en politique pour donner des chances égales à tous. D’autres (ou les mêmes) deviennent des amoureux de la nature quand c’est le temps de couper des arbres pour construire du transport en commun, mais doutent des effets des changements climatiques et seraient prêts à détruire des parcs nationaux pour construire des autoroutes.
Il y a quand même une raison qui est souvent invoquée, qui finit par supplanter tout le reste dans la hiérarchie des valeurs: l’économie. C’est l’économie, stupide. La fameuse phrase « dans le contexte économique actuel », qui est bien utile pour justifier quelque chose qui n’est pas très bon pour la santé, la pauvreté ou l’environnement. Le « sésame ouvre toi » de tout débat public.
C’était un peu le slogan de Bernard Drainville lorsqu’il était ministre de l’Environnement. Il était pour l’écologie, mais pas au détriment de l’économie. « L’équilibre christie de bâtard », a-t-il dit au FM93.
Son collègue Jonatan Julien avait un peu rabroué une journaliste de Radio-Canada en Gaspésie
Le « contexte économique actuel » est donc généralement lié à Donald Trump. D’ailleurs, M. Trump a sacré aux vidanges la « preuve de mise en danger » qui sert de base juridique à la réglementation sur les GES.
« Cette « preuve » établit que six GES, dont le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d’azote, représentent une menace pour la santé et le bien-être des populations. La Cour suprême des États-Unis avait reconnu l’effet délétère de ces polluants en 2007 et avait appelé les autorités fédérales à en réduire la production en raison de la menace qu’ils font peser sur la santé publique. »
On a dépassé le « lâchez-moi avec les GES » pas à peu près. C’est la plus importante mesure de déréglementation de l’histoire américaine a dit la porte-parole de la Maison-Blanche. Bravo!
Ils vont même relancer certaines centrales au charbon. Leurs Tesla vont être propulsées par du charbon, par la bande. J’ai hâte de voir aussi s’ils vont remplacer le wifi par le télégraphe. En attendant, le président états-unien est devenu l’étalon de mesure de ce que l’on peut faire puisqu’il faut s’adapter à toutes ses simagrées. Un exercice plutôt acrobatique. Mais on ne fait pas plier que devant Trump.
On l’a vu avec cette histoire de Domtar qui a obtenu l’aval du ministère en 19 minutes pour autoriser des coupes dans un secteur composé à 97% de forêt vierge, située dans l'aire de répartition de hardes de caribous, et contenant des sites patrimoniaux innus. Un appel de moins de 19 minutes entre deux dirigeants de Domtar et une directrice du ministère des Forêts et pouf, c’était réglé. Timber! 19 minutes, c’est tout ce que ça prend pour convaincre le gouvernement qu’une mesure est assez bonne pour l’économie pour passer outre les lois, les droits des autochtones et la science. Pierre Fitzgibbon est conseiller pour l’entreprise indonésienne qui possède Domtar, en passant. Ça ne doit pas nuire trop trop.
Le chantage économique de Glencore qui a suspendu ses investissements de 300 millions menaçant de fermer la Fonderie Horne a aussi fonctionné. Tant pis pour la santé des Rouyn norandois. Comme l’expliquent ces deux profs des HEC, quand ce sont les syndicats qui prennent la population en otage, on se désole, quand ce sont des compagnies, on plie:
« Pourquoi alors cette asymétrie dans notre vocabulaire, qui fait passer les salariés pour des voyous preneurs d’otages, et les pollueurs qui détournent les efforts collectifs pour des sauveurs à grands renforts financiers et de belles campagnes « d’acceptabilité sociale » (et parfois de fonds publics) ? Pourquoi parle-t-on d’otages lorsque des syndiqués exercent un droit encadré, mais jamais lorsque des entreprises mobilisent leur pouvoir économique pour influencer des normes environnementales ? »
Gildan est redevenu « investissable » pour La Caisse, la semaine dernière. Ils l’avaient flushé parce qu’ils ne payaient pas sa juste part d’impôts. Mais là, c’est payant et c’est bon pour l’économie du Québec. Tant pis si le patron de Gildan détruit la forêt autour du lac Memphrémagog pour se construire un terrain de golf illégalement et s’il a essayé de passer un spectacle de son épouse devant une pyramide comme une dépense d’entreprise. (ERRATUM: en fait, ce n'est pas le même M. Chamandy dont il est question. Un ex PDG, Glenn, a fait construire le golf et l'autre, Greg, a fait le spectacle égyptien).
Je vous ai déjà aussi parlé de Garda, une compagnie dans laquelle on a investi.
Bref, « le contexte économique actuel » est un mot de passe universel qui permet de contourner n'importe quelle loi, norme, processus de consultation ou principe scientifique.
Dans la hiérarchie des valeurs, l’économie, le « contexte économique actuel » passe par-dessus tout. Je ne suis pas anticapitaliste (j’ai même un ami qui a beaucoup d’argent), mais l’équilibre « christie de bâtard » penche pas mal toujours d’un bord.
André Arthur au paradis et l’enfer de X
J’ai écouté cette semaine une entrevue de Caroline Proulx au 98,5. Elle quitte la politique et revient sur les travers de la vie d’élu. C’est très instructif, mais j’ai un peu tiqué sur ce passage où l’animatrice Catherine Brisson lui demandait si les réseaux sociaux étaient durs pour les femmes. Réponse de Mme Proulx:
« Je vous dirais qu'en pandémie, littéralement, on avait mon visage avec une balle dans le front parce que les campings étaient fermés. J'ai découvert la planète camping, je vous dirais, en pandémie. Mais je vous dirais de façon générale, des termes que je n'utiliserai pas ce matin où on décrit les femmes ayant posé des gestes sexuels pour arriver à la fonction qu'elle occupe aujourd'hui. Les réseaux sociaux, honnêtement, ça ne m'atteint plus vraiment. Catherine, aujourd'hui, après 8 ans, je suis comme un peu immunisée. Mais il y a vraiment un travail à faire. Moi, je me paye toujours un petit bonheur de week-end de bloquer des gens. Ça me fait vraiment plaisir de bloquer des gens. »
Ça me fait tiquer parce que deux jours avant, Mme Proulx encourageait l’un des trolls les plus agressifs des réseaux sociaux. Le compte André Arthur au paradis sur X, géré par quelqu’un qui a pris la relève d’André Arthur après sa mort, qui est vraiment misogyne, homophobe, agressif. Il relaie aussi la désinformation russe, entre autres.

C’est même pas André, madame. Dimitri Soudas et Jacinthe-Ève Arel lui avaient donné de la visibilité aussi dans les derniers mois. Déjà que je suis gossé que les politiciens soient encore sur X, si en plus ils encouragent ce genre de personnage, on n’est pas près d’arrêter de voir des gens avec des cibles dans le front.
Musique
Twisted Teens, c’est pas mal bon!