Aujourd’hui, je vous parle de la confiance qu’il faut avoir pour devenir un politicien, de vélocité, et de la confiance en ceux qui parlent de l’Iran.
En passant, si ça vous intéresse, vous pouvez maintenant écouter un montage de toutes mes chroniques de la semaine en un seul épisode dans le fil de La journée est encore jeune sur Ohdio. Ça s’appelle Olivier Niquet en brochette. Je sais, ça donne faim.
C’est moi qu’il vous faut
Il y a des semaines (genre une sur deux) où je me dis que je devrais m’ouvrir une chaîne d’information en continu pour couvrir toute la bêtise qui nous afflige. Il se passe tellement de choses à tous les niveaux qu’il se génère de l’absurde à n’en plus finir.
La semaine dernière, François Legault a démissionné et pendant deux jours, on s’est demandé si Olivier Primeau allait se présenter à sa succession. Certains ont calculé, lui inclusivement, qu’il serait en mesure de vendre tellement de cartes de membre de la CAQ qu’il aurait pu être élu chef par ces nouveaux membres et devenir notre premier ministre. Le gars du Beach Club.
Ça fait un petit bout qu’il laisse entendre qu’il se lancera un jour en politique. Il place ses pions en se prononçant de plus en plus sur tous les sujets d’actualité du moment, en faisant des entrevues avec des politiciens et en invitant l’intelligentsia de Québécor à son party de fête.
Avant d’annoncer qu’il ne se présenterait pas, il avait répondu « noui » à savoir si la CAQ l’intéressait. Mais il a aussi répondu « noui » pour le PCQ et « noui » pour le PQ. Depuis, il aurait plutôt rencontré Pierre Poilievre et Pierre Paul-Hus à Québec. Bref, on ne sait pas trop quelles sont ses convictions, sinon qu’il est convaincu qu’il ferait un bon dirigeant.
Justement, ce qui m’a surtout fait réfléchir dans ces spéculations, c’est le moment de son entrevue avec Mario Dumont où il a dit être certain qu’il ferait un bon premier ministre.
Je ne le connais pas assez pour juger, mais ça m’impressionne les gens qui disent: « c’est de moi que le peuple a besoin ». Il faut avoir confiance en ses moyens en câlibine. La confiance de l’homme blanc médiocre diraient certains. C’est une généralisation et je ne dis pas que M. Primeau est médiocre, mais je n’ai pas de doute que les mâles, alpha ou pas, ont un petit avantage dans la région de l’audace, étant moi-même un introverti qui a de la misère à aligner deux mots, mais qui s’est dit un jour: « parler dans un micro à tout le Canada? Pourquoi pas? »
Par contre, sans fausse modestie, je ne m’imagine pas du tout être en mesure de prendre des décisions pour un peuple. Je me sens à peine les compétences pour être un échevin, et j’ai étudié en urbanisme. C’est le seul niveau de gouvernement où je me dirais, « ouais, peut-être que je pourrais être pas pire et utile à ma communauté ». Malheureusement pour les citoyens, je n’aime pas participer à des soupers spaghetti avec 200 inconnus les soirs de fin de semaine.
Je pense être assez pas bon pour m’autoévaluer et me dire que je ne suis pas assez calé pour prendre sur moi la destinée d’une population. Il y a bien des politiciens qui devraient s’inspirer de moi, si vous voulez mon avis. Me semble qu’il y a en beaucoup qui ont surévalué leur compétences, non?
L’auto-évaluation, ce n’est pas le fort de bien des gens et dans toutes sortes de sphères. Pour avoir été assistant-entraîneur au hockey mineur, on voit à quel point plusieurs joueurs sont justement incapables de se voir aller. Ils prennent des décisions qui ne fittent pas pantoute avec leurs capacités. Mais ils le font, séquence de jeu après séquence de jeu, en se disant, « oui oui, je vais arriver à temps » ou « oui oui, je suis capable de déjouer ce gars-là comme si j’étais Connor McDavid ». Non mon gars.
Une autre affaire qui joue dans le dossier Olivier Primeau, c’est l’argent. OXFAM a fait une étude au sujet du pouvoir politique et des ultrariches et affirme qu’ils « n’ont jamais été aussi riches et qu’ils ont utilisé cette richesse pour concentrer un pouvoir sans précédent sur nos économies et nos systèmes politiques. » Ils influencent nos gouvernements et ont encore plus de chances que n’importe qui d’être élus.
« L’analyse constate cependant que les milliardaires ont maintenant 4000 fois plus de chances d’occuper un poste politique que les gens ordinaires. Ils contrôlent aussi plus de la moitié des plus grands médias de la planète et la totalité des réseaux sociaux. »
C’est quand même beaucoup, 4000 fois. Le Canada a un banquier comme premier ministre, le Québec, un homme d’affaires. C’est bien normal qu’Olivier Primeau se dise que lui aussi, il est capable. Je ne pense pas qu’on puisse le qualifier d’ultrariche. Ses affaires vont parfois bien, parfois mal, on l’a vu avec Prime et avec l’achat de Triani (la compagnie qui avait précédemment acheté l’ancienne compagnie de mon frère, en toute transparence).
En passant, ça ne veut pas dire que je n’aime pas que des entrepreneurs fassent de la politique, au contraire. Ils ont probablement raison de juger qu’ils ont des capacités d’organisation et de gestion qui peuvent être utiles. Je pense qu’il en faut. Mais ça serait bien qu’ils se ramassent au pouvoir parce qu’ils ont de bonnes idées, pas parce qu’ils sont riches, populaires et confiants. Ce n’est pas le cas de nos premiers ministres, mais on sent que ça s’en vient.
OXFAM rappelle que souvent, ces ultrariches sont aussi propriétaires de médias et ont donc une influence sur l’opinion publique. C’est aussi une forme de pouvoir. Olivier Primeau n’a pas de média, mais il est assez big sur les médias sociaux, ce qui est presque mieux, à notre époque. Et il a les moyens de faire mousser ses publications pour que les algorithmes lui donnent de l’importance.
Dans les derniers jours, on nous a justement dit que les cotes d’écoute de la télé avaient connu des chutes drastiques, et que des jeunes avaient appris la nouvelle de la démission de François Legault grâce à des mèmes.
« C’est « rendu qu’on apprend les nouvelles importantes avec @memefuiter », écrivait mercredi un internaute sur la populaire page de contenu humoristique Memes Fruiter. De nombreux commentaires similaires pullulent sous cette même publication. Le créateur de la page, Vincent Houde, se dit à la fois « flatté » et « inquiet » de constater qu’il est devenu une source d’information pour de nombreuses personnes. »
Bon, je suis toujours un peu perplexe devant ce genre de nouvelle, mais quand même, c’est certain que c’est arrivé à plusieurs. Par des mèmes, par des vidéos sur Instagram, par des publications Facebook (je sais, les jeunes ne sont pas sur Facebook). Oui, ça arrive, mais c’est difficile de juger à partir des commentaires comme ça.
C’est sûr que mes ados, quand on parle d’actualité le soir à la maison, ils sont généralement au courant des grandes nouvelles, et ça vient de leur fil Instagram ou Tiktok. Avec le blocage des nouvelles par Meta, ces jeunes n’ont malheureusement pas accès à beaucoup de bonnes sources d’information, comme le dit le gars de la page memefruiter dans l’article du Devoir.
C’est le nouveau monde de l’information, selon Om Malik. Un monde basé sur la vélocité: « Dans un système optimisé pour la vitesse, l'autorité est ornementale. Le réseau récompense d'abord le mouvement, puis le jugement, le cas échéant. » Les gens qui s’informent à travers les mèmes n’ont qu’une idée de ce qui se passe, comme s’ils ne lisaient que les titres.
« Les réseaux compriment le temps et l'espace, puis nous entraînent silencieusement à vivre à leur rythme. C'est pourquoi nous obtenons toutes nos informations sous forme de mèmes. Le mème est devenu la métahistoire, la couche où le sens est véhiculé. Il n'est pas nécessaire de lire le contenu ; il suffit d'en saisir l'essentiel, compressé et transmis dans une phrase, une image ou une blague. Il a pris le rôle du titre. »
Ce public, et donc les électeurs de demain, sont ceux qui suivent Olivier Primeau. Et quand je lis ses publications, j’ai parfois qu’il est lui-même quelqu’un qui ne lit que les titres.
Mais bon, ne jugeons pas trop vite. Attendons d’aller au-delà de la bande-annonce.
Essayer de comprendre l'Iran
Je suis tombé la semaine dernière sur un segment de QUB Radio où Nimaa Machouf répliquait aux allégations d’une certaine Mandana Javan. Les deux sont d’origine iranienne et se sont prononcés sur la place publique au sujet des manifestations dans ce pays.
Je ne connais pas toutes les subtilités de ce qui se passe et s’est passé en Iran. Comme tout le monde (je pense), j’espère que ce pays se sorte de cette dictature islamiste. Mais j’ai quand même été surpris de cette chicane sur la place publique. En gros, Mme Javan accuse Nimaa Machouf de:
- Se rendre en Iran sans être dérangée et donc avoir des liens avec le régime. Mme Machouf répond qu’elle est allée en Iran une fois depuis 42 ans et c’était en 2001.
- Être membre du groupe les Moujahidines du peuple. Mme Machouf répond que pas du tout.
- Qu’Amir Khadir serait même de ce groupe. Mme Machouf répond qu’il l’a été quand il avait 20 ans, il y a 45 ans.
- D’être incapable de dire que le soulèvement du peuple se fait contre la constitution islamiste. Mme Machouf répond qu’elle l’a toujours dit.
Bref, elle réfute toutes les accusations de Mme Javan. Ironiquement, dans l’entrevue où Mme Javan avait évoqué toutes ces choses, Benoît Dutrizac avait terminé en disant: « Merci de venir prendre la parole sur ce qui se passe en Iran et qu'on puisse nous permettre, nous, parce qu'on ne connaît pas tout à fait la situation en Iran, de décoder ce qu'on nous envoie dans les médias québécois et canadiens. » J’ai comme des doutes que l’on puisse se fier sur elle, par contre. À moins que Nima Machouf ait boulechité M. Dutrizac.
J’ai ensuite vu que Mandana Javan avait dit ceci à Radio X:
« Ce que moi, personnellement, c'est documenté, en fait, dans mes approches, je me suis rendu compte, c'est que la salle de nouvelles de Radio-Canada, le Téléjournal et l'autre est infiniment et extrêmement sous l'emprise et la domination de la Sainte Famille Khadir Inc. Alors, moi, j'appelle les Khadirs, Ami Khadir, Nima Machouf et leur réseau. Moi, je les appelle la Sainte Famille Khadir Inc. »
C’est quand même gros. La salle des nouvelles sous l’emprise des Khadir…
Après les réfutations de Nima Machouf, j’ai été surpris de voir que M. Dutrizac avait réinvité cette semaine Mme Javan. Il dit peut-être des choses très pertinentes sur ce sujet important, mais c’est difficile de trier le bon grain de l’ivraie.
Il semble que la dame ambitionne de devenir candidate pour le PQ. J’ai comme un doute qu’ils vont apprécier toutes ses sorties.
Musique
Louis-Jean Cormier nous offre cette semaine sa version live de Tu m’aimes tu de Richard Desjardins. Belle rencontre…
