Bisbille à Ciné-Cadeau, Zemmour et la fenêtre d'Overton

Bisbille à Ciné-Cadeau, Zemmour et la fenêtre d'Overton

Cette semaine a été diffusée à l’émission Les Décrypteurs l’entrevue que j’ai enregistrée avec Alexis De Lancer il y a quelques semaines. Je suis plutôt satisfait du résultat et du montage. Ils ont réussi à me faire avoir l’air pas trop con. J’y explique entre autres que je ne veux pas faire taire les commentateurs de l’actualité mal intentionnés, mais plutôt qu’ils soient forcés de se taire lorsque les gens comprendront les mécanismes de leur rhétorique. Je suis un utopiste. Ça s’écoute sur Tou.tv ou sur Facebook (où vous pourrez constater que les commentateurs ne sont pas toujours des fans de l’émission).

Ciné-Cadeau

Sinon, j’ai dû gérer une belle controverse sur ma page Facebook après la publication d’un lien vers un texte de mon nouveau site brulot.ca. J’ai décidé de publier les textes des billets idéologiques que je fais à la radio, et celui sur Ciné-Cadeau qui date d’il y a un an a fait beaucoup réagir. Les lecteurs n’étaient pas trop certains si c’était sérieux ou pas. J’ai ajouté un sous-titre sur le site pour préciser que c’était une parodie, mais il faudra peut-être que je prenne un peu de temps pendant le temps des fêtes pour rendre tout ça plus clair. Peut-être mettre une face de clown ou écrire en gros de ne pas prendre ça au sérieux.

Ça ne veut pas dire que ce que je ne pense pas ce que j’écris dans ces chroniques. La plupart du temps, je réagis à une nouvelle qui me chatouille un peu et je transforme ça en drame national. Le but est d’imiter ces chroniqueurs qui s’indignent pour tout et pour rien, d’exagérer leurs techniques. Je me rends d’ailleurs compte que c’est assez facile et que je pourrais aisément devenir Richard Martineau (si on m’offrait le même salaire que lui).

Susciter des réactions, du moment qu’on a déjà un certain public, est chose facile. Le dicton « parlez-en en bien, parlez-en en mal, d’abord que vous en parlez » n’a jamais été aussi vrai que sur les réseaux sociaux. Et ça ne fonctionne pas que pour les polémistes. Les politiciens aussi en profitent.

Zemmour

On a beaucoup parlé d’Éric Zemmour cette semaine après l’annonce de sa candidature à la présidence française. Plusieurs observateurs estiment qu’il est un politicien d’extrême droite. Je ne suis pas suffisamment la politique française pour juger, mais un économiste et juriste a analysé ses propositions selon une grille produite par Umberto Eco, et ça n’augure rien de bon.

Même le pas très gauchiste Christian Rioux du Devoir affuble Zemmour du titre d’extrémiste de droite. C’est que ce dernier sort un peu de la fenêtre d’Overton. C’est un nouveau concept que j’ai appris cette semaine:

« Aujourd’hui, l’extrême droite semble s’être réappropriée ce concept pour se rendre audible auprès du public et arriver aux portes du pouvoir. La technique est simple. Exagérer, tenir des propos chocs, annoncer des mesures incongrues pour relativiser les vraies idées radicales. Donald Trump en a fait une de ses spécialités, dans ses discours, mais également sur Twitter qu'il utilise de manière compulsive. Cette technique rhétorique permet de “changer radicalement les opinions des gens, sans qu’ils réalisent le moins du monde qu’ils ont été habilement et complètement manipulés”, selon un article publié par l’universitaire Luis Segura, sur le site d’information catholique “Adelante la fe”. Selon lui, la fenêtre d’Overton recouvre les méthodes de manipulation mentale visant à formater l'opinion publique pour la rendre réceptive puis docile à certaines idéologies. »

En 2021, la fenêtre est grande ouverte pour ce genre de dérives. L’influence des États-Unis est indéniable. Justement, j’entendais cette semaine un animateur de Radio X dire: « J’écoutais Bill O’Reilly hier... ». Je ne me souviens plus de quoi il parlait, mais c’est souvent ce que font les animateurs de cette station. S’inspirer des plus populaires têtes d’affiche de la droite américaine, comme Bill O’Reilly et importer leurs techniques pour manipuler l’opinion publique de chez nous. Pour savoir ce que va dire Radio X un jour, vous pouvez écouter Fox News le jour précédent.

Mais pour en revenir à Éric Zemmour, Mathieu Bock-Côté, qui lui, importe plutôt ses raisonnements de la France, trouve qu’on exagère en le positionnant à l’extrême droite. Il l’a expliqué à QUB Radio.

« J’insiste, on peut être en désaccord complet avec lui, mais le mot extrême droite aujourd’hui sert rarement à décrire une position politique. Ça sert simplement à dire très très très dangereux, attention chien méchant. Et je peine à trouver quand on nous dit extrême droite, y’a tellement de définitions contradictoires qui s’additionnent pour nous dire c’est quoi l’extrême droite qu’en fait c’est un marqueur diabolisant davantage qu’un descriptif politique. »

Au-delà de cette question, j’ai trouvé bien drôle ce commentaire puisque M. Bock-Côté fait exactement ça avec les « wokes ». L’autrice Anne Archet a fait la remarque sur la page Facebook du Club des mal cités.

« Le mot woke aujourd’hui sert rarement à décrire une position politique. Ça sert simplement à dire très très très dangereux, attention chien méchant. Et je peine à trouver quand on nous dit woke y’a tellement de définitions contradictoires qui s’additionnent pour nous dire c’est quoi un woke qu’en fait c’est un marqueur diabolisant davantage qu’un descriptif politique. »

Great minds think alike, comme on dit. J’avais fait le même montage dans ma chronique.

Sur une note plus légère, je retourne à La semaine des 4 Julie mercredi soir pour présenter les « plus pires » vidéos de l’année. À ne pas manquer!

S’il vous reste du temps...